Le monstre qui a mangé Oprah

Le monstre qui a mangé Oprah

Allo! Avant d’ouvrir la boîte de Pandore qu’est mon fichier rempli d’URL de boutiques de linge de grosse en ligne, je veux m’assurer d’être lue par plus que douze de mes amis.  Mais je vous oublie pas! Promis, je créerai bientôt maints besoins et vous serez pauvres (mais fabulous) par ma faute. En attendant, permettez-moi de vous traiter comme mon journal intime.

Il y a quelques temps, une annonce de Weight Watchers mettant en vedette Oprah a fait un petit buzz sur internet pendant une demi-journée. On apprenait au même moment que la célébrissime hurleuse de noms et notorious yo-yo dieter venait d’acheter des parts dans WW. Rien de tellement surprenant.

Ce qui m’avait vraiment surprise, moi, c’est l’annonce en question. J'en avais parlé avec quelques amis, pis je l'avais noté dans mon cell pour quand j'allais finalement partir ce blogue. Vous m'excuserez donc du caractère TRÈS EN RETARD de ce texte.

La vidéo dure une minute (et non je la link pas. J’enverrai pas de visites à Weight Watchers, franchement :D). Entre autres platitudes, Oprah dit ceci : “Inside every overweight woman is a woman she knows she can be.”

… Excuse moi, Oprah? The woman she can be? Une femme avec un net worth de 3 milliards de dollars, seule multi-milliardaire afro-américaine en Amérique du Nord, plusieurs fois nommée femme la plus influente de la planète, récipiendaire d’une Presidential Medal of Freedom, CEO d’à peu près 250 affaires dont un TV network, un magazine et une maison de production, adulée par des millions de gens, est en fait une pauvre chick mince enfermée dans un corps de grosse?!

Si ça c’est pas la chose la plus déprimante ever, je sais pas ce que c’est. Pour quelqu’un qui a une telle influence sur les autres, elle envoie vraiment un message de marde. Tellement que sur le coup, j’en ai eu pitié. Pendant 30 secondes, mais pareil. Je l’ai trouvée tellement triste. J'ai eu envie de la flatter.

Imaginez. Vous êtes Oprah. Vous avez accompli ce qu’aucune autre femme, encore moins une femme noire, n’a accompli avant vous. Vous êtes aussi big shot qu’humainement possible mais, malgré tout, six pouces de suif autour de votre nombril vous séparent du bonheur. En bonne petite femelle, vous avez intériorisé que votre valeur en tant que personne est inversement proportionnelle au nombre de pouces cube que vous occupez. Imaginez que la femme que vous rêvez d’être, ALORS QUE VOUS ÊTES DÉJÀ OPRAH, est plus petite du cul. Et vous êtes tellement consumée par ça que vous réalisez pas à quel point c’est toxique qu’une femme comme vous dise ça à toutes celles qui l’admirent. Le message, c’est que peu importe ce que tu vas accomplir, tu seras pas heureuse tant que tes cuisses rentreront pas dans des pants de taille hypothétiquement idéale pour aucune osti de bonne raison (parce qu'il n'est absolument pas question de santé, ici).

T’as beau tout avoir, t'es quand même pas assez.

Ça m’a sciée. Être Oprah, je me crisserais éperdument des douze cuillérées à soupe de gras qui me collent après les fesses. Who cares? Oprah peut littéralement engager trois assistantes personnelles pour chacune des livres qu’elle prend si elle veut. Elle peut se faire refaire sa garde-robe en entier à toutes les 15 secondes pour que les vêtements - qu’elle ne portera qu’une fois anyway - soient parfaitement confortables. Elle a tout ce qu’on peut espérer du monde, mais osti, elle déprime parce qu’elle est un peu chubby. Évidemment, l’argent et le succès ne sont pas des remèdes miracles contre l’insécurité, mais my god, j’avais espoir qu’en atteignant le Oprah status, on arrêtait de s’en faire pour des crisse de niaiseries. Qu'on arrêtait d'être encore et toujours réduite à son corps.

Genre tu pourrais manger de l’argent pour déjeuner si tu voulais. Tu pourrais être payée pour faire la promotion d’absolument n’importe quoi, de piscines de marbre remplies de Cristal à je sais pas, un ranch réunissant tous les petits animaux fluffy avec de grands yeux expressifs de la Terre. Tu pourrais aussi utiliser ton énormissime tribune pour attirer l’attention sur des affaires qui importent et empower vraiment, comme le fait que les femmes sont plus que leur corps, mais non. Tu choisis d’endosser un produit qui leur répète plutôt, depuis des décennies, que la pire chose qu’elles peuvent faire est de prendre un petit peu plus de place.

Elle a brisé tous les moules, mais essaie quand même de se squeezer de force dans celui du corps parfait. C'est tellement déprimant. Maintenant je me demande juste quel espoir on peut entretenir d'un jour s'aimer comme on est, nous autres, quand même la plus grande femme du monde est toute petite à l’intérieur.