Collabo - Le poids de mes états d’âme

Collabo - Le poids de mes états d’âme
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Il y a trois ans, j’étais plus mince que je ne l’ai jamais été. Ça faisait plus de deux ans déjà que je travaillais là-dessus. Tout ce que je mangeais était compté. 100 livres : c’est le chiffre magique du poids que j’ai réussi à perdre. J’étais toujours en contrôle de mon corps.

Finalement, je pouvais porter des tailles que je n’avais plus portées depuis l’adolescence. Je pouvais m’habiller dans tous les magasins. Partout où j’allais, les gens qui ne m’avaient pas vu depuis longtemps me disaient à quelle point j’étais belle. Eh que j’étais donc fière de moi… que tout le monde était donc impressionné…

Il y a trois ans, j’étais malheureuse comme les pierres. Ma vie s’écroulait autour de moi. Mon mariage était en implosion. Ma famille a éclaté. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps de devoir laisser ma fille partir une semaine sur deux. J’ai dû déménager, quitter la maison que j’aimais pour vivre toute seule pour la première fois de ma vie EVER.

Mon anxiété a atteint des sommets sans précédent. Je pleurais sans arrêt, pour tout et rien. Je n’arrivais plus à gérer mes émotions. J’étais l’ombre de moi-même. J’avais des difficultés à dormir. J’étais en mode survie, 24 heures sur 24. La seule chose sur laquelle j’avais un semblant de contrôle, c’était mon corps.

J’étais convaincue que j’allais bien, convaincue que j’étais plus forte que jamais, une femme nouvelle et accomplie. Je sais maintenant, avec le recul, que c’était tout le contraire. Oui, physiquement, je ressemblais plus à l’idée qu’on se fait de quelqu’un qui est bien dans sa peau. Mais mes crises de larmes, paniquée à l’idée de laisser ma fille, mes 1001 réveils par nuit, mes refus de faire des compromis… tout ça me prouve que non, je n’étais pas bien tout.

J’ai repris du poids. Pas tout, mais beaucoup. Je le sais t’sais : je me vois dans le miroir. J’ai dû retourner m’acheter des jeans… Mais je le vois maintenant : je suis plus heureuse. Plus sereine. Juste bien. J’ai repris le contrôle sur ma vie. Mon anxiété aussi d’ailleurs : je vais bien.

C’est doux amer. Parce que je suis bien. Je pense que oui, pour vrai cette fois-ci, je suis forte. Épanouie. Heureuse. Je fais les choses parce que j’en ai envie. Je travaille pour m’accepter, mentalement et physiquement, comme je suis. C’est bon ça, c’est ce qu’on veut, non?

Mais plus personne ne me dit ‘’wow, t’es donc ben belle!’’ quand je les croise dans la rue.

Après ça, venez me dire que ça n’existe pas, la grossophobie pour voir…

(Image de couverture: Renoir, Les Baigneuses)