Comment éviter de transmettre sa relation malsaine avec la nourriture à son enfant?

Comment éviter de transmettre sa relation malsaine avec la nourriture à son enfant?
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Nombre d'entre nous entretenons une relation difficile en malsaine avec la nourriture. Troubles alimentaires, culpabilité, traumatismes dus à la grossophobie vécue dans l'enfance, honte de son poids et de son alimentation, et j'en passe. Heureusement, de nombreuses écoles de pensée ayant le vent dans les voiles, comme l'approche Health at Every Size et l'alimentation intuitive, visent à guérir notre relation malsaine avec la nourriture, la santé et le poids, à nous libérer des notions nuisibles avec lesquelles nous avons été élevés et à nous aider à reprendre contact avec notre intuition endommagée par toute une vie d'interférence, de jugements et de grossophobie.

Plusieurs d'entre vous, devenus parents au beau milieu de votre guérison personnelle, m'avez partagé vos inquiétudes quant à l'éducation alimentaire de vos enfants. Comment les protéger contre la grossophobie et les mensonges véhiculés par l'industrie des régimes? Comment éviter de leur transmettre votre propre mal-être et leur inculquer la confiance en eux que vous n'avez pas reçue de vos propres parents? Comment bien les nourrir sans démoniser, rendre tabous ou attacher un sentiment de honte à certains aliments?

N'étant ni mère ni experte en la matière, je n'étais pas tellement en mesure de vous guider à travers cette lourde - et super importante - tâche. Puis, il y a quelques semaines, le hasard a bien fait les choses. 

La nutritionniste montréalaise Lisa Rutledge, Dt. P., spécialisée en alimentation intuitive et en approche Health At Every Size, a publié une vidéo sur Facebook où elle parlait de la peur qu'ont certains parents de transmettre leurs « mauvaises habitudes », leurs problèmes d'image corporelle ou même leur « surpoids » à leurs enfants. Elle y proposait quelques pistes de réflexion, ainsi qu'une liste de choses à faire et ne pas faire, que j'ai trouvées fascinantes. Avec sa permission, j'ai donc récupéré le contenu de sa vidéo pour en faire un texte. Bonne lecture!

 

Les enfants - Des mangeurs intuitifs nés

« Tout d'abord, explique Lisa Rutledge, la science démontre que manger en cachette, avoir des comportements hyperphagiques ou tout simplement être gros ne sont pas des choses qui se transmettent automatiquement à nos enfants. Le simple fait de les vivre , ou d'en souffrir, n'a pas d'influence directe sur eux. Les enfants naissent mangeurs intuitifs. Toutefois, ils ne naissent pas avec la conception que les corps plus gros sont moins acceptables et perçoivent les fluctuations de poids et la taille des corps comme neutres. Ce sont nous, et la société, qui leur apprenons que certains aliments, comme certains types de corps, sont « mauvais ». Ce sont nos propos et nos comportements qui influencent leur image corporelle et leur relation avec la nourriture. »

Évidemment, nous n'avons pas de contrôle absolu sur ce que nos enfants recevront comme message à l'école, dans la rue ou à la télévision. La société se chargera malheureusement très vite de leur inculquer plusieurs notions dommageables avec lesquelles ils devront composer. Ce sur quoi on a un contrôle, en tant que parents, c'est sur les valeurs profondes que nous leur enseignons et qui les guideront tout au long de leur vie. Il nous est possible de leur inculquer ces trois notions fondamentales :

 

1. Tous les corps sont bons, quelle que soit leur taille

2. Aucun aliment n'est intrinsèquement bon ou mauvais; il est sain et normal d'aimer manger

3. Ils peuvent faire confiance à leur corps, à leur appétit et à leur intuition autour de la nourriture

 

Comment leur inculquer ces notions quand on n'est soi-même pas certain de les avoir intégrées complètement? En continuant de s'informer et de cheminer pour guérir sa propre relation avec son corps et la nourriture, bien entendu, mais surtout en prêchant par l'exemple.

Voici donc une liste non exhaustive de choses à faire et ne pas faire en présence d'enfants (qu'il s'agisse des vôtres, de ceux des autres ou d'enfants qui vous admirent) basée sur l'intervention de la nutritionniste-diététiste Lisa Rutledge.

 

Évitez de parler de votre corps négativement en leur présence; ne critiquez ni son poids, ni les changements qui s'y opèrent, ni sa taille. Ne comparez pas votre corps avec celui des autres négativement; ce faisant, vous leur enseigneriez que certains corps sont bons et d'autres mauvais. Parlez de votre corps de manière neutre ou positive seulement.

Évitez d'idéaliser certains types de corps. Abstenez-vous de faire des remarques sur la minceur des stars de cinéma, de la perte de poids d'untel ou d'exprimer, dans n'importe quel contexte, qu'une personne est plus attirante parce qu'elle est mince ou plus mince qu'avant. « Si vous vivez vous-même dans un gros corps, vous voulez sans doute protéger vos enfants de la discrimination ou de l'humiliation que vous avez vécues, dit Mme Rutledge. Mais rabaisser les gros corps et idéaliser les corps minces ne fera que leur causer de la douleur et des problèmes d'image corporelle. Ils doivent apprendre de vous que tous les corps sont bons et méritent le respect, quelle que soit leur taille. »

Évitez à tout prix de parler du corps de l'enfant de manière négative. Ne parlez pas de son corps ni de certaines parties de son corps de façon négative ou humiliante; ne les qualifiez ni de trop gros, ni de trop grands, ni de trop petits; ne les comparez pas à ceux des autres. Vos enfants auront tôt fait de recevoir ce genre de message de toutes parts. En tant que parents, il faut leur inculquer la conviction profonde que tous les corps sont bons et valides et que différent ne veut pas dire mauvais.

Évitez de qualifier les aliments et la nourriture de bons ou mauvais. Évitez les termes comme « bouffe santé », « cochonneries », « malbouffe », « engraissant », « faible en calories ». Apposer une étiquette moralisante aux aliments met les enfants, les ados et les adultes à risque de développer une relation compliquée avec la nourriture.

Évitez de passer tout commentaire sur les portions de nourriture dans votre assiette ou celle de l'enfant. Des remarques comme « Mais c'est beaucoup trop! » « C'est impossible que tu aies aussi faim! » « Comment tu peux manger tout ça? » sont à proscrire. Il est acceptable de spécifier qu'il y a une quantité limitée de nourriture sur la table et de vous assurer que tout le monde en reçoive, mais dans la mesure du possible et de vos moyens, assurez-vous qu'il y a assez de nourriture pour tout le monde et permettez à vos enfants de décider eux-mêmes de leurs portions et de cesser de manger lorsqu'ils n'ont plus faim. « L'appétit et les besoins en nourritures fluctuent d'un repas et d'un jour à l'autre, explique Lisa. C'est normal. Tenir pour acquis que l'on sait de combien de nourriture notre enfant a besoin est problématique. J'ajouterai que je n'endosse pas l'utilisation aveugle des portions standardisées recommandées par le gouvernement. Il faut permettre aux enfants de se concentrer sur les sensations de faim et de satiété dans leur corps, et non se fier à des règles externes pour réguler leur alimentation. »

Protégez-vous et protégez vos enfants contre les messages grossophobes et alarmistes véhiculés par les médias traditionnels et sociaux. Fermez la télé quand Dr Oz, Oprah ou Weight Watchers font des promesses sensationnalistes ou la promotion d'une diète sous-disant miracle à l'écran. N'écoutez aucune personne ou entreprise qui vous conseille de scruter et de contrôler l'alimentation, les portions ou la diète de votre enfant. Parallèlement, chassez de votre télé et de votre fil d'actualité tout ce qui constitue du contenu alarmiste et grossophobe; dites non aux compétitions de perte de poids, cachez les images type "avant-après" et bloquez les publicités de régimes. Les messages véhiculés par l'industrie des régimes vont totalement à l'encontre de ce que démontre la science. La grossophobie et les régimes font du tort à la santé mentale et physique, entraînent un gain de poids et des problèmes d'image corporelle. Faites le tri.

Mangez une variété d'aliments avec et devant eux. « Une cliente m'a déjà dit qu'elle évitait de manger du chocolat devant ses enfants, de peur qu'ils se sentent aussi hors de contrôle qu'elle face à cet aliment, se souvient Mme Rutledge. Je lui ai posé cette question : voulez-vous que vos enfants trouvent normal d'apprécier le goût du chocolat, ou voulez-vous qu'ils en aient honte? En rendant certains aliments tabous, en en ayant peur ou en leur attachant une valeur morale, on encourage nos enfants à manger en cachette, à ressentir de la culpabilité et à développer une relation honteuse avec la nourriture. »

Évitez les régimes. De toute façon, ils sont inefficaces et dommageables. Mangez avec vos enfants; évitez de manger différemment du reste de votre famille. Cessez de démoniser la nourriture. Si le repas est assez bon pour votre famille, il est assez bon pour vous. Tout le monde mérite de manger à sa faim d'une variété d'aliments. Il n'y a rien de mal ou de honteux à apprécier le goût de différents aliments et tous les aliments sont acceptables. On mange certaines choses pour leur valeur nutritionnelle, d'autres parce qu'on aime leur goût et certaines pour ces deux raisons. Et il n'y a rien de mal à ça.

Permettez à vos enfants de vous voir apprécier une variété d'aliments dans un état d'esprit neutre ou positif. Exprimez-vous sincèrement et sans jugement : « Ce gâteau est délicieux! » « Non merci, je n'ai plus faim. » Abstenez-vous de porter des jugements négatifs tels que « Non merci, je ne veux pas de dessert, je serai SAGE », « Allez, un petit morceau, mais je ne devrais pas... » « Tout ça va aller dans mes hanches! » et autres commentaires du genre. « Lorsque les enfants ont la chance de choisir, ne sont pas culpabilisés pour leurs choix et explorent naturellement leur faim, explique Lisa, ils gravitent naturellement vers une variété d'aliments. Les enfants naissent mangeurs intuitifs. Ce sont nous – ou les médecins, ou la société – qui faisons obstacle à leur intuition alimentaire et qui complexifions leur relation avec la nourriture et l'image corporelle. Les troubles alimentaires et la honte du corps ne leur sont pas innés. On leur apprend. »

Ne mettez en aucun cas vos enfants au régime pour les faire maigrir. Jamais. Si vous recevez des messages contradictoires de la part d'un médecin ou d'une personne de votre entourage, n'hésitez pas à contacter un.e nutritionniste spécialiste de l'alimentation intuitive pour lui poser des questions et vous rassurer.

Faites-leur confiance. Les enfants, comme chacun de nous, sont des mangeurs intuitifs de naissance. Le plus important et le plus difficile, en tant que parent, est de cesser d'interférer. On nous envoie beaucoup de messages comme quoi sans notre intervention, si on ne contrôle pas leur alimentation, leur poids, leurs calories et leurs portions en se basant sur des barèmes extérieurs, ils deviendront obèses. C'est faux. Il n'existe aucune preuve comme quoi mettre son enfant au régime et contrôler sa nourriture l'aide de quelque façon que ce soit. Bien au contraire. Le sentiment de perte de contrôle face à la nourriture, les troubles alimentaires et les problèmes d'image corporelle sont le résultat de notre interférence et de celle de la société. Nous devons leur permettre de trouver, ou de retrouver, leur intuition naturelle; de faire confiance à leur appétit et à leurs instincts.

Quelques citations marquantes :

« En tant que parents, nous avons énormément de pouvoir. C'est de notre devoir d'utiliser ce pouvoir à bon escient. »

« On n'enrayera pas la grossophobie en rendant tout le monde mince. On enrayera la grossophobie en enrayant la grossophobie. Tout comme on ne résout pas le sexisme en faisant de tout le monde des hommes, mais en amenant les gens à reconnaître que traiter les gens différemment en raison de leur corps ou de leur genre n'est pas acceptable. »

« Nos enfants nous écoutent, nous observent et nous admirent. Quand on se rabaisse devant eux, on sème la confusion dans leur esprit. Comment pourront-ils s'aimer si même leur plus grand modèle ne s'aime pas? »

« Si vous vivez dans un corps plus gros ou êtes inconfortable avec votre poids actuel, il est important de montrer à vos enfants qu'on peut vivre une vie heureuse, active, en santé, joyeuse et bien remplie à n'importe quelle taille. Ne voir que les images habituelles que nous montrent les médias, soit des grosses personnes tristes, seules, au régime et sans visage qui se pincent les bourrelets, envoie un message très dommageable à nos petits. C'est de votre devoir de prêcher par l'exemple que les individus de tous les types de corps peuvent vivre une vie heureuse. Ainsi, s'ils devaient éventuellement vivre dans un corps plus gros, vous leur aurez enseigné que le bonheur, le succès et l'amour-propre sont à leur portée. N'est-ce pas là un magnifique cadeau à leur faire? »

« C'est totalement OK d'apprécier la nourriture et de manger par plaisir. C'est normal. Normal d'aimer le chocolat, les pois chiches, la laitue et la crème glacée. C'est parfaitement correct! L'industrie des régimes se tue à nous dire le contraire, mais nous pouvons enseigner le bon message à nos enfants, en espérant au moins faire un petit contrepoids au message dominant : il n'y a aucune raison de se sentir mal d'aimer la nourriture. Ça ne fait pas de vous une mauvaise personne! »

 

Lisa Rutledge, Dt. P. travaille principalement dans la région de Montréal, en anglais et en français. Vous pouvez la trouver sur Facebook, sur Instagram et sur son site web.