Collabo - Maternité while grosse

Collabo - Maternité while grosse
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(Allo tout le monde! Catherine, ici, est l'une des belles que j'ai eu la chance de rencontrer lors du premier weekend de shooting Fat Squad avec Julie Artacho. Je la voyais partout sur internet depuis longtemps, et la rencontrer était merveilleux. Elle est TELLEMENT PHOTOGÉNIQUE! *hearteyes*. J'étais d'autant plus contente qu'elle me propose un texte sur la grossesse et la maternité, parce que c'est une facette de la vie dans un gros corps que je ne connaîtrai jamais, mais qui mérite absolument qu'on en parle. C'est tellement important! Voici donc sa première collabo, que j'espère être la premier de plusieurs. Give her a warm welcome! <3 Gab xxo)

 

Quand je suis tombée enceinte de Guillaume, j’ai éprouvé la plus grande joie que je n’avais jamais ressentie en 32 ans d’existence et qui, depuis. n’a été égalée que par la nouvelle que j’étais enceinte d'Ève.

Après des années d’infertilité, de problèmes génétiques et la mort d’un tout petit bébé, la joie que j’ai ressentie était indescriptible. Mais je suis rapidement retombée sur terre. C’est parce que je suis grosse, voyez-vous. Je ne suis pas grosse depuis toujours, mais mon corps a eu tôt fait de rejoindre mon image mentale de moi-même.

J’ai tout fait while grosse. J’ai passé à travers le secondaire while grosse, j’ai daté while grosse, j’ai perdu ma virginité while grosse, je me suis fait des amis dans une ville inconnue while grosse, j’ai voyagé while grosse, passé des entrevues while grosse et rencontré l’amour de ma vie while grosse. Pis là, ben il fallait que je découvre comment être enceinte while grosse.

Au début, je croyais fermement que ça se verrait jamais, que j’aurais juste l'air plus grosse. Je travaillais fort pour faire mon deuil de la belle bedaine de grossesse. Tsé, les filles qui se font prendre en photo en noir et blanc, avec une brassière de sport et leur chum qui les enlace pendant qu'elles font un cœur avec leurs doigts à la hauteur du nombril? Ben ça serait jamais moi.

C’était pas tout à fait faux. Ma bedaine n’a jamais eu l’air des bedaines de grossesses bien lisses et presque pointues qu'on voit dans les magazines. Mon nombril a jamais poppé, j’ai gardé des bourrelets et j’ai développé un tablier qui me donne ben du fil à retordre dans mon cheminement vers l'acceptation de mon moi.

MAIS.

Une chose inattendue est arrivée. J’ai quand même développé une silhouette de femme enceinte (of course). Pis là ben, en portant du linge de grossesse, ben j’ai mis ma bedaine en valeur. Ma bedaine politiquement correcte. Pour la première fois de ma vie, mon corps était acceptable socialement. Pour la première fois de ma vie, je pouvais mettre ce que je voulais. Pour la première fois de ma vie, si j’avais de la misère à me faufiler entre deux chaises au resto, ben c’était parce que j'étais ENCEINTE, pas parce que j'étais grosse.

Faque ça a réveillé quelque chose en moi. Tsé, c’est le fun exister sans s’excuser. C’est comme un immense poids qui s’est envolé. J’entrais dans les magasins de vêtement de maternité et j’avais hâte d’essayer le linge. Je me sentais belle. Pis, ben, j’ai décidé que je voulais plus jamais me sentir comme si je devais m’excuser d’exister. Et quand j'étais plus enceinte, j’ai décidé de pas retourner en arrière.

Paradoxalement, tout au long de ma grossesse, j’angoissais sur ma future relation avec mon fils. Comme bien des futures mères, j'imagine, mais mon angoisse concernait un point en particulier : il va avoir honte de moi. Je vais un jour le prendre par la main et l’amener à son premier jour d’école et il va avoir honte de sa grosse maman. Il va lâcher ma main avant d’arriver. Il va me rejeter. Pas de farce, j’affrontais la grossophobie de notre société à tous les jours depuis des décennies avec une force de caractère d’acier, si vous me permettez de l’affirmer moi-même, mais je flattais ma bedaine, déjà complètement amoureuse de mon coco, imaginant qu'il voudrait rien savoir de moi à cause de ma grosseur. Avec le recul, c’est facile d’oublier cette période. Mon Loupi d’amour m’aime, évidemment, bourrelets inclus. Il se blottit dans mes bras et je suis certaine que mes câlins sont les plus doux de la terre à ses yeux. Mais ce qu'il y a de terrible dans la grossophobie ambiante dans notre société, c’est que pendant 9 mois, une maman a cru qu'elle serait pas assez (ou trop) pour son bébé. Pis ça, ben ça pue.

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