Oui mais les facteurs de risque (ou comment le Fat Acceptance a sauvé ma vie)

Oui mais les facteurs de risque (ou comment le Fat Acceptance a sauvé ma vie)
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Ce matin, j'ai ouvert mon téléphone pour trouver un message d'une nouvelle abonnée qui me disait que bien qu'elle appréciait le message de 10/10, elle trouvait que je minimisais les facteurs de risque associés au poids. Elle était assez polie, au début, mais ça a évidemment dégénéré. 

Inutile de vous dire, ceci étant dit, que ce genre de commentaire surgit partout, tout le temps, dès que quelqu'un ose exister en étant gros sans activement s'excuser, se rabaisser, se justifier et promettre qu'il va se faire toutes les violences pour rapetisser chaque instant avant de peut-être se donner la permission d'être heureux quand, et seulement quand, il rentrera dans la petite boîte prévue à cet effet. Pour chaque grosse personne qui essaie juste de vivre et d'avancer sous une pluie de bullshit, de haine et de préjugés, il y a semble-t-il cent autres individus qui tiennent à lui faire avouer de force qu'il existe des dangers associés à un poids plus élevé.

(Je vais passer là-dessus très rapidement, parce que si vous me lisez vous savez déjà tout ça, mais les risques associés au poids plus élevé ne découlent pas simplement du poids en soi, mais bien d'un ensemble de facteurs négligés par la médecine jusqu'à tout récemment. Dire que peser plus est par définition mauvais pour la santé est un raccourci ignorant et dangereux. Utiliser le poids comme repère visuel pour juger de l'état de santé global ou de l'efficacité des changements dans ses habitudes de vie, pareil. Et croire que maigrir par n'importe quel moyen est forcément bon pour la santé est straight-up ridicule. Allez vous informer. Vous ralentissez le groupe.)

À ces individus, je demande sincèrement une chose : pourquoi vous faites ça?

Posez-vous donc la question, une bonne fois pour toutes : taper sur le clou des facteurs de risque, quand on sait qu'avoir un poids plus élevé n'est pas forcément un choix (plein de gens s'alimentent bien et bougent et sont gros, plein de gens mangent mal et ne bougent pas et sont minces) et que manipuler son poids par les régimes est inefficace et dangereux (au moins 95% d'entre eux échouent, et peuvent entraînent un effet yo-yo et des problèmes de santé), ça donne quoi exactement?

Laissez-moi vous aider : ça donne RIEN. Ça donne un monde qui dit sans cesse aux gros qu'ils sont inadéquats tant qu'ils sont gros. C'est tout. Peu importe leurs choix, leurs circonstances, leur parcours. Même si contrôler son poids est quasiment impossible et que la santé n'a rien à voir avec celui-ci. Juste qu'ils sont PAS CORRECTS, selon vous, et que tant qu'ils sont pas corrects, ils n'ont pas le droit d'être heureux. « Oui, mais ». Toujours vous surgissez avec votre « oui, mais » qui n'a pour conséquence que de faire une petite coche de plus dans l'amour-propre d'une personne qui se fait déjà tirer dessus à longueur de journée, et pour qui s'aimer dénote d'une force de caractère que vous ne possédez visiblement pas. Et par une gymnastique mentale fascinante, vous entretenez toujours l'illusion que harceler les gens qui ont un corps différent du vôtre est un comportement acceptable qui a des répercussions positives? Really?

Ça n'a aucun sens. L'obsession du poids est un obstacle à la santé mentale et physique de TOUT LE MONDE, gros ou mince. Il est l'arbre qui vous empêche de voir la forêt. Quel que soit votre type de corps. Et même en vous pardonnant votre ignorance des faits, votre besoin irrépressible de diminuer des gens qui essaient de s'aimer, c'est de la grossophobie pure et dure. Consciente? Peut-être pas toujours. Mais c'est de la grossophobie quand même. Et je me battrai toujours contre.

De toute façon, sincèrement, vous voulez quoi quand vous venez me dire que « oui, mais oui, mais les risques associés »? Que je vous dise que mon corps est fait tel que je vivrai peut-être pas jusqu'à cent ans? OK, parfait, c'est possible. Est-ce que vous vous sentez mieux? Maintenant que la grosse a acknowledgé sa mortalité, est-ce qu'on peut passer à un autre appel et la laisser aimer la vie quand même? Encore mieux, est-ce qu'on peut adresser le fait que courir après les grosses personnes pour leur faire admettre qu'elles vont peut-être mourir est particulièrement malsain, surtout lorsque présenté comme une façon de vous inquiéter de leur santé? La logique a-t-elle entièrement foutu le camp? Au passage, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous : vous allez mourir aussi. On va tous mourir. Indépendamment de notre type de corps, de nos choix ou de combien d'inconnus sont venus nous faire chier chaque jour et nous donner des « conseils ». Me voyez-vous pour autant passer ma journée à courir après les gens qui parlent au cellulaire, conduisent une voiture ou boivent une bière sur une terrasse en hurlant OUI, MAIS LES FACTEURS DE RISQUE!!!!!! COMMENT OSES-TU TE PERCEVOIR COMME UN HUMAIN À PART ENTIÈRE QUAND TU VAS MOURIR UN JOUR?!?!?!

Si je comprends bien, votre vision d'aider les autres, c'est de les harceler pour les obliger à vivre leur vie en faisant une fixation sur la mort et à performer votre vision de la santé en traitant leur corps comme leur pire ennemi? Avez-vous besoin d'aide? Voulez-vous qu'on appelle votre mère? Inventez-vous les excuses que vous voulez, ça ne change rien aux faits. Nous rincer les oreilles avec les risques associés au poids élevé est absurde, cruel au possible et on en a sincèrement plein le cul.

Le Fat Acceptance, c'est ce qui a sauvé ma vie. C'est ce qui fait que je mange bien et que j'écoute mon corps, au lieu d'obséder sur tout ce qui passe mes lèvres et de laisser le monde entier faire de l'interférence entre mon corps et moi. C'est ce qui fait que je suis capable de me mettre en maillot de bain à la piscine publique pour m'entraîner par plaisir, parce que ça me fait du bien. C'est ce qui fait que je trouve que ma vie vaut la peine d'être vécue et que mon corps mérite d'être aimé, même s'il ne fitte pas dans les standards de beauté actuels. C'est que qui fait que je prends soin de moi-même, que je fais de mon mieux et que je n'abandonne pas. Que si je manque une journée, je recommence le lendemain. Si je faisais de l'activité pour maigrir, j'aurais arrêté. Si je faisais des efforts pour bien nourrir mon corps dans le but de maigrir, je ne le ferais plus. Parce que je ne maigris pas. Je n'ai jamais eu, de toute ma vie, une hygiène de vie aussi saine. Je n'ai jamais été plus en forme. Je dédie beaucoup plus de temps à prendre soin de moi que bien des gens minces que je connais (ce qui est parfaitement ok. Tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut avec sa vie. Et quand on est mince, le monde entier nous emmerde pas 24/7 avec « la santé » so j'imagine qu'on peut prendre ça plus relax), mais je ne maigris pas. Et je m'en tape. Je sais que ma vie et mon corps sont valables et je les aime comme ils sont. Si c'était pas du Fat Acceptance, j'aurais abandonné. Mon corps, mon bonheur, peut-être ma vie. Je dois tout au mouvement du Fat Acceptance, ma santé avant tout le reste, et je ne vais JAMAIS arrêter de me battre pour le droit de vivre heureuse dans mon corps, peu importe de quoi il a l'air, et pour que vous puissiez tous faire pareil.

So vos facteurs de risque, vous pouvez les écrire dans votre journal intime et vous les lire à voix basse en pleurant dans le noir si ça vous chante, mais sacrez-nous patience. Harceler quelqu'un avec sa mort imminente, c'est pas l'AIDER. Vos commentaires n'aident personne. Ils nous disent tout simplement que vous êtes trop paresseux pour vous informer, que vous nous prenez pour des imbéciles et, surtout, que vous préférez nous voir morts que gros.

Taisez-vous.

PS: L'image d'entête vient de ce merveilleux vidéoclip de la non moins merveilleuse Lizzo. Treat yourself.