« Ben non, t'es pas grosse »

« Ben non, t'es pas grosse »
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Une phrase que chaque grosse a sans doute dû dire mille fois dans sa vie. Plein de non-gros ont surement fait pareil, mais ces mots-là, quand t'es gros, disent quelque chose de différent. J'ai décidé, y'a quelque temps, que je les prononcerais plus jamais. Même quand je les pense. Je vous explique pourquoi.

« Ben non, t'es pas grosse », qu'on surnommera ici BNTPG parce que je suis paresseuse, c'est ce qu'on répond à quelqu'un qui vient de se qualifier de gros devant nous. Nous, une grosse. BNTPG, c'est la réponse à une personne qui, présume-t-on, nous aime ou du moins passe du temps avec nous, mais s'attend quand même à ce qu'on fasse l'effort de la rassurer que non, elle est pas grosse, pas comme nous, après avoir utilisé notre propre corps comme une insulte dans notre face. Généralement, BNTPG va être suivi de quelque chose comme « MOI, je suis grosse, toi t'es mini, tais-toi ». Parce qu'en plus de se faire dire que de nous ressembler serait LA PIRE AFFAIRE pour la pas-grosse en question, de devoir la rassurer en lui promettant qu'elle n'a pas l'air de nous, la chose polie à faire est ensuite de tomber sur son épée et d'offrir son corps en comparaison pour rendre le sien acceptable.

J'avais jamais vraiment pris conscience de ça. J'ai pas besoin de vous dire que toute cette bullshit, TRÈS PEU POUR MOI. L'échange de compliments entre femmes est déjà vraiment gerbant, merci patriarcat, je m'entends moi-même répondre « ark non je suis un tas de marde » quand quelqu'un me dit que je suis cute une journée, alors que je me trouve cute aussi, mais comme tout le monde j'ai été élevée à réfuter les compliments pis me à déprécier en les acceptant pour avoir l'air humble, ou allez savoir ce qui se passe dans ce motton informe de réflexes absurdes, embarrassants et toxiques, mais c'est pas de ça dont je parle aujourd'hui.

Partant du principe qu'il n'y a rien de mal à être gros, ce qui est mon opinion, à 100% et sans le moindre bémol, puis-je fièrement affirmer après quelques années à confronter ma grossophobie internalisée et à tout remettre en question (c'est un espace mental fantastique, en passant, rejoignez-moi, faisons un party), je vais désormais répondre exactement ça à quiconque me dit être gros quant il ne l'est pas. C'est tout.

Je vais plus jamais rassurer personne en lui disant qu'il est pas gros, parce qu'ya rien de mal à être gros. Je vais plus jamais valider l'impression qu'être gros est un défaut en répondant à cette question-là comme on s'attend à ce que je le fasse. Je suis pas un faire-valoir et quiconque a besoin de son fix grossophobe pourra aller le chercher ailleurs. Si on répondait tous systématiquement ça, le monde serait un meilleur endroit de toute façon. Avoir peur d'être gros, c'est grossophobe et, par conséquent, bad. C'est aussi simple que ça.

Le fait que la personne va clairement prendre ma réponse comme une confirmation de son fatness et paniquer est vraiment juste un bonus :P Moi, je sais que je sous-entend rien de négatif en disant ça. Si elle le prend mal, well, elle n’avait qu’à pas demander à une grosse de lui dire qu'elle est pas grosse, sous-entendant par le fait même qu'être grosse c'est mal, mais pleinement consciente du fait qu'elle est pas grosse et par conséquent froissée de pas se faire dire qu'elle est pas grosse par la grosse.

Fuck that noise.

(Aux minces qui ont envie de me dire que la mauvaise image corporelle et le body dysmorphia affectent tout le monde, épargnez votre salive. Arrêtez de penser qu'être gros est mal et y'en aura plus de problèmes. Et cessez de sous-entendre que les gros pensent avoir le monopole des troubles d'image corporelle. Vous savez que c'est faux, vous voulez juste ramener ça à vous, nous sous-estimer une fois de plus et nous faire taire pour grimper sur notre tête et affirmer votre supériorité. Quittez.)