La grosse Gabou

La grosse Gabou
Screenshot-2018-2-10 Jeik Dion ( jeikdion) • Instagram photos and videos.png

Salut :)

Vous savez sans doute que l'ultrêmissime Julie Artacho et moi sommes en train de préparer un projet de série documentaire qui va adresser plusieurs mythes concernant les grosses personnes et combattre plusieurs (tous?) les préjugés. Je vous invite d'ailleurs à remplir notre sondage ici si vous l'avez pas déjà fait; on a plein de belles réponses et des témoignages de gens du monde entier, c'est la meilleure affaire ever, vous êtes incroyables et on a teeeellement hâte de vous donner la parole. Plus de détails bientôt.

(L'image qui accompagne ce texte est un dessin du merveilleux Jeik Dion pis oui, c'est moi *heart eyes emoji*)

Alors je vous écris parce qu'en réfléchissant au projet et à ce qu'il implique, long story short, j'ai réalisé que ça m'angoissait vraiment super fort de montrer ma face et de l'associer avec mes mots et mon nom. Vous aurez remarqué que je me mets pas tellement de l'avant, ici, et c'est entre autres parce que je tiens à ma vie privée, que je suis socialement anxieuse et que j'aime mieux parler des choses que parler de moi comme tel. Les gens qui cravent la célébrité et l'admiration d'étrangers me mettent mal à l'aise et je comprends vraiment pas l'impulsion. (À part l'argent. L'argent c'est merveilleux. Mais l'amour de gens qui nous connaissent pas basé sur l'image qu'on s'invente pour la marketer? WHY. Sounds horribly fickle and scary.) Une autre partie de moi tentait de garder son activisme séparé de son nom parce que je suis rédactrice, dans la vie, et bien des gens aiment pas engager des femmes « controversées » qui parlent fort/disent des mots méchants/sont grosses et en ont pas honte, et j'aime ça payer mon loyer. Mais plus ça va, plus je réalise que les clients qui en valent la peine me prennent comme je suis, et tout ça perd de l'importance à mesure que je vieillis et que mon portfolio engraisse (checkez mon champ lexical, avez-vous vu?).

Mais il s'avère que quand vient le temps d'animer un projet vidéo, je suis pas juste timide ou awkward; je suis TERRIFIÉE. Pourtant, le faire ailleurs, en anglais, à l'international, je m'en foutrais. Le faire au Québec, en français, me terrifie. Et pis, ben... c'est ça le plan, avec ce merveilleux projet, so j'ai dû réfléchir à mes affaires un peu pour voir c'était quoi mon problème. Pis je l'ai trouvé.

J'ai vraiment super peur que les gens de ma ville natale, qui m'ont humiliée et intimidée 24/7 ou à peu près, de la première journée de mon primaire à la dernière journée de mon secondaire – bien avant que je sois grosse, d'ailleurs – me voient. Être connue ou plutôt reconnue, ici, me fait freaker au plus haut point. Je trouve pas ça génial, comme constat, parce qu'intellectuellement je suis passée à autre chose. J'ai pas la moindre honte face à mon corps ni à ce qu'il y a dedans, et j'ai sincèrement aucun fuck à donner à des gens qui m'emmerdaient en '91 et se souviennent sans doute même plus je suis qui. Je trouve ça niaiseux, avec ma tête. Mais je suis forcée d'admettre qu'au fond, en dessous, je suis pas over it DU TOUT. Ils me font aussi peur qu'avant. Une partie de moi est figée dans le temps, incapable de se défendre, entourée de gens qui minimisaient – et minimisent encore – l'ampleur du problème et de son impact sur ma santé mentale.

J'ai quitté ma ville natale – Sherbrooke – le lendemain de mon secondaire 5 pour venir à Montréal. J'ai gardé contact avec à peu près personne, j'y suis retournée le moins possible et full disclosure, je suis encore en alerte quand je me promène dans des endroits publics là-bas. Je reconnaîtrais pas le trois quart des personnes qui m'emmerdaient, mais quand même. Je fais pas exprès. Je m'y sens juste pas en sécurité. C'est une seconde nature.

La minute où j'ai pu le faire, j'suis juste partie et une fois ici, j'ai commencé à avoir une tonne d'amis - turns out j'ai aucun mal à m'en faire, tout le monde m'aime (ALLO <3). Mais à Sherb, parce que ça avait été établi quelque part au primaire pour je sais pas trop quelle raison, j'étais la grosse conne à qui crier des affaires – le surnom, pour votre info, était «La grosse Gabou », et juste l'écrire me donne envie de brailler/répandre le sang des innocents – et personne a ever questionné ça, après. J'étais la grosse Gabou, pis ça changerait pas. Je l'ai laissée derrière, la pauvre Gabou, pis j'essaie de l'éviter chaque fois que je vais visiter ma mère de peur que quelqu'un la reconnaisse pis me regarde de travers.

L'idée que notre projet fonctionne (ce dont je doute zéro) et que mes bullies le partagent en riant de moi, par conséquent, me donne envie de me creuser un trou dans la terre pis d'aller mourir dedans.

Je sais que c'est con, guys. Vous savez qui je suis, je suis pas particulièrement faiblarde et l'opinion de gens ignorants et niaiseux est vraiment pas quelque chose qui me fait peur, je suis tellement rendue ailleurs que j'ai du mal à considérer les grossophobes comme des humains tellement ils m'insignifient. Sont juste... du bruit. Ils savent rien, pis ils m'indiffèrent. J'écris pas pour eux, c'est pas à eux que je parle. Mais force est de constater que j'ai peut-être sauté une étape, en laissant toute mon enfance pis mon adolescence derrière pour enfin pouvoir être libre, et aujourd'hui, ça me freine. Et je veux pas ça. J'ai des choses à faire et à dire, so si vous me permettez, je vais régler ça ici.

Gens de Sherbrooke, de l'école Sacré-Coeur, Mitchell et Montcalm, vous avez fait de ma jeunesse un cauchemar. Vous m'avez appris que sortir de chez soi, c'est s'exposer à la violence, non-stop, de gens à qui on n'a même jamais adressé la parole. Presque la moitié de ma vie, à date, a été passée à me faire humilier non-stop et à faire honte à mes rares mais excellents amis proches qui subissaient mon stigma par ricochet. Je méritais pas ça. J'avais rien fait de mal.

Si vous avez des kids, aujourd'hui, j'espère que vous avez pris la peine de pas les transformer en mini-vous. J'en n'ai pas eu et j'en aurai jamais, moi, et c'est en partie votre faute. J'ai détesté être une enfant, c'était vraiment la pire affaire, et j'infligerai jamais ça à la personne que j'aime le plus au monde. J'aurais ben trop peur de faire un gentil kid et de le lâcher dans la vie pour qu'il aille se fasse décrisser par des gens comme vous. Vous m'avez rendu la vie inutilement difficile, pendant tellement longtemps, et je me hais d'encore penser à vous autres à l'âge que j'ai.

J'essaie d'être une bonne personne et de pas vous souhaiter du mal, alors que j'écris ça pis que vos faces de marde défilent dans ma tête comme un slideshow rushant, parce que je sais bien qu'on était tous très petits et que vous saviez pas plus que moi comment vivre. J'ai été la loser, mais j'aurais tout aussi bien pu être une bully. Je l'ai d’ailleurs sûrement été pour certain.e.s (je suis sincèrement désolée). Je sais que c'est une question de hasard, de circonstances et que ça dit rien sur les personnes qu'on devient une fois qu'on est assez vieux pour choisir qui qu'on veut être.

Je sais bien que cet exercice est un peu niaiseux, j'ai 34 ans, on est vraiment rendus ailleurs, mais je l'ai jamais fait. Je me suis pas défendue une seule fois, j'étais terrorisée et j'ai jamais été capable de vous répondre, et aujourd'hui ça me pèse alors here goes :

FUCK YOU. La grosse Gabou vous emmerde.

Bon. Pour la suite des choses, on vous prépare une vidéo pour vous expliquer le projet et un peu ce qui s'en vient. Et par souci d'intégrité journalistique, voici la grosse Gabou au peak de son âge ingrat. On peut pas nier que c'est rough et OMG CE T-SHIRT mais il est trop tard, vous avez déjà pris pour moi :D

Soyez fins avec vos grosses Gabous, guys. 

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<3