Oui, t'es grossophobe (mais tu peux changer)

Oui, t'es grossophobe (mais tu peux changer)
Faith (ton nouveau comic preféré) © Valiant Entertainment. Illustration: l'inimitable Marguerite Sauvage <3

Faith (ton nouveau comic preféré) © Valiant Entertainment. Illustration: l'inimitable Marguerite Sauvage <3

On va commencer par le début : vous êtes grossophobes. Moi aussi. Tout le monde est grossophobe, qu'il soit gros ou non, et tout le monde est victime, à un degré ou un autre, de la grossophobie rampante qui affecte notre société. On est tous un produit de son environnement. Sachant cela, si vous êtes en train de lire ce blogue, j'imagine que vous avez pas envie de le rester (sinon, bye). Alors si vous permettez, on va skipper toute la partie conflit interne « omg suis-je fatphobic sans m'en rendre compte?!?!11 » et courir vers le point.

Parce qu'il faut bien commencer quelque part, voici quelques pistes de réflexion pour vous aider à déconstruire, un par un, les fondements de votre grossophobie internalisée. Je vais essayer de pas trop m'attarder sur chacun des points. Vous me direz si tout ça vous parle, mais personnellement, c'est pas mal les zones qui m'ont apporté le plus de réflexions intéressantes et qui m'ont permis d'évoluer et de me libérer de vieilles affaires qui m'empêchaient d'avancer. La plupart des obstacles mentaux que j'ai rencontrés au cours de ma vie de fat-ass tournaient autour de quelques grands thèmes : les préjugés, la santé et la beauté. Here goes.

Les préjugés

C'est vraiment quand on décide de porter une attention particulière à ses pensées, en présence d'une grosse personne ou face à soi-même, qu'on réalise l'ampleur de sa grossophobie. So je vous invite à réfléchir à tous les qualificatifs que vous associez, consciemment ou non, aux grosses personnes. Peut-être la paresse, le manque de discipline, la gloutonnerie. La tristesse, maybe? La solitude? Une intelligence inférieure, un manque d'éducation, la pauvreté? C'est pas agréable dans le processus, parce qu'il y en a beaucoup. Et même si on sait que rien de ça n'est réellement fondé, parce qu'être gros ne dit strictement rien sur l'individu en tant que tel, notre subconscient aime bien nous dire des niaiseries dans l'oreille. Essayez de les attraper quand elles passent, de les analyser, de trouver d'où elles viennent et de transformer votre manière de penser. C'est un exercice surprenant.

Poussons la réflexion un peu plus loin, si ça vous tente. Au cœur de nos préjugés, c'est surtout le manque de discipline ou l'illusion que les gros se vautrent dans les plaisirs terrestres sans compter qui nous écoeure le plus. Mais pourquoi? Pourquoi la gourmandise et l'oisiveté sont-elles perçues si péjorativement que ça? Après tout on ne vit qu'une seule fois. Pourquoi être furieusement gossé de voir une personne enjoyer un gâteau?

Parce que nos valeurs sont encore lourdement ancrées dans la religion, qui nous apprenait que tout ce qui est agréable ou désirable est un péché, que seule la souffrance nous garantissait le paradis, pis que le seul moyen d'être heureux dans l'au-delà était d'être malheureux sur terre. Tout ça pour obéir à des gens qui portaient des toges faites de velours cousu avec des fils d'ACTUAL OR, la yeule remplie de raisin de corinthe, en se vautrant dans leurs richesses mille fois plus obscènes que toutes les montagnes de sucreries qu'on m'accuse de shover dans ma grosse face 24/7.

Je vous invite donc à revoir votre perception positive des concepts de discipline, de self-control, de dur labeur et de frugalité dans le contexte qui nous intéresse. Idem pour tout ce qui touche à la gourmandise, au sexe, à la décadence et à l'appréciation générale des plaisirs de la vie. On attache beaucoup de valeur morale à ces concepts-là, et ça peut pas faire de tort de se demander POURQUOI au lieu de juste le faire par réflexe et ainsi contribuer au problème.

La santé

On va faire ça simple : On peut être gros et en santé. Les régimes ne fonctionnent pas. Ils sont même dommageables. Le diet industry est une grosse machine ultra lucrative qui survit sur nos complexes. Les liens entre le poids et les maladies sont à examiner de plus près : correlation doesn't mean causation. Les bienfaits de l'exercice et d'une alimentation riche et variée intuitive, et non restrictive, se font sentir sans perte de poids. Quiconque te fat-shame se crisse éperdument de ta santé, il est juste grossophobe. Pis personne glorifie l'obésité.

La beauté

Se sentir beau/belle est un struggle pour tout le monde, mais la réalité que je connais le mieux est celle d'essayer de me trouver sexy en étant une femme ronde. Je vais pas vous parler de comment s'habiller de manière flatteuse pour « camoufler » votre ventre, fuck that. La beauté c'est personnel et ce qui vaut pour moi ne vaut pas pour un/e autre. Je suis pas non plus dans la business de supplier les gens qui « trouvent juste pas ça beau » de me donner leur approbation, parce que fuck that tout autant. Mais au fil des années, j'ai réfléchi à des trucs, et ça m'a apporté pas mal de clarté. Évidemment c'est un travail au quotidien qui est jamais fini - pis une chance parce que c'est ben ça le point de l'existence - mais voici quelques pistes.

Vous savez que la beauté est profondément subjective. Pourquoi? Parce que les standards se transforment avec la société. En général, ce qui est considéré beau sera ce que les plus riches valorisent; le standard de beauté est ce qui ne ressemble PAS à un pauvre/opprimé/colonisé. La peau blanche, les mains douces, les cheveux droits. Quand la nourriture était rare, la grosseur était sexy. En notre époque où trois cannes de Chef Boyardee et un pain blanc coûtent moins cher qu'une botte de kale, la minceur est sexy. Tous les goûts sont dans la nature, certes. Mais penser que « la nature » est pas influencée par l'humain, avec son penchant pour le racisme, le sexisme, le classisme, le capacitisme pis la grossophobie, est aussi niaiseux que dommageable.

Ensuite, on met beaucoup d'emphase sur le fait que se trouver belle est la quête ultime d'une femme, mais is it, really? Si ça nous importe autant, c'est parce qu'on se fait hammerer dans la tête depuis toujours que c'est notre première responsabilité en tant que femme. Que notre valeur en tant qu'individu est déterminée par la validation extérieure. Que notre sex-appeal est non seulement un devoir, mais aussi notre source première de pouvoir.

Il y a plusieurs raisons pour ça, la première étant évidemment le patriarcat, duh, mais aussi le fait que la survie des femmes humaines, depuis qu'elles existent, dépend de leur acceptation par leur clan. Être rejetée par ta communauté, dans le temps, ça signifiait mourir. So à l'intersection de notre désir ardent (et biologique) d'être acceptées et la bullshit superficielle dont on nous bourre le crâne à grands coups de publicités, on en vient à percevoir la beauté comme le point central de son existence. Et pendant qu'on est occupées à ne jamais se sentir à la hauteur et à constamment vouloir se rapetisser et se rendre acceptable, on est tranquilles. Et lucratives.

C'est pertinent de se demander si jouer cette game-là correspond vraiment à nos valeurs.

Honnêtement, nous donner comme ennemi commun la nourriture, dont on peut pourtant pas se passer, était un véritable coup de génie. L'humanité risque de s'éteindre avant qu'on ait réussi à s'affranchir de toute cette crap. C'est super déprimant.

Mais ça signifie pas qu'on doit cesser d'essayer.

 

PS : Je vous aime full, on est de plus en plus nombreux.ses et j'espère que vous savez à quel point c'est un plaisir et un honneur de parler avec et pour vous. Xo Gab