T'es pas juste grosse, t'sais

T'es pas juste grosse, t'sais

Je sais pas pour vous, mais dans la vie, je suis pas mal trop connectée sur les réseaux sociaux à mon goût. Malgré les avantages que ces derniers nous apportent, je peux juste pas m’empêcher de constater à quel point ils sont superficiels. Photos attentivement retouchées, prises de vue « avantageuses », surreprésentation des idéaux des beautés irréalistes même parmi la mode « taille plus », et j’en passe. Quand on est grosse, on est d’autant plus susceptible d’internaliser ces messages ou d’être la cible de « préoccupations médicales non sollicitées ». À d’autres moments, on peut être davantage dans la revendication des droits, contre la discrimination et la grossophobie et s’investir dans des groupes d’acceptation. Des fois, c’est les deux en même temps.

Il est facile de s'y perdre et d’en faire le centre de sa vie. On peut avoir l’impression que tout tourne autour de la corporalité, négativement ou positivement. Cette réalisation m’a frappée cette semaine, d’un coup au ventre. Je suis devenue obsédée par la chose dont j’essaie de me libérer. La perception des autres et la mienne. Je ne crois pas être la seule là-dedans. Étant dans plusieurs de ces groupes « d’acceptation », je suis quotidiennement témoin des défis que mes concitoyennes vivent aux quotidiens, que ce soit par de la violence médicale, des conseils non sollicités ou encore de la grossophobie internalisée. C’est donc pour ça que je ressens le besoin aujourd’hui de faire un petit rappel. Que même si notre corps fait partie de notre identité, c’est pas toute notre identité.

Peu importe de quoi t’as l’air, ton corps, c’est juste une enveloppe. T’es pas juste ça.

T’es pas juste une grosse.

T’es peut-être une amoureuse, une amante, une blonde, une épouse,

T’es peut-être une mère, une belle-mère, une tante, une amie, une confidente,

T’es peut-être une fille, une petite fille, une sœur, une nièce,

T’es peut-être méchante, bougonneuse, chialeuse, jalouse,

T’es peut-être drôle, intelligente, généreuse, créative, passionnée,

T’es peut-être une étudiante, une collégienne, une universitaire,

T’es peut-être une travailleuse autonome, syndiquée, contractuelle,

T’es peut-être sportive, une amatrice de cinéma, une tricoteuse avérée,

T’es peut-être une bénévole, une aidante naturelle, une sauveuse de chiens,

T’es peut-être en train de guérir tes traumas d’enfance, tes relations difficiles

T’es peut-être une cochonne, une amante sensuelle ou même asexuée,

Ce que je sais, c’est que t’as des rêves, des projets, des espoirs qui vont au-delà de ton apparence,

Ce que je sais, c’est que t’es tellement plus qu’une grosse.

Ce que je sais, c’est que t’es pas parfaite et y’a juste toi qui te demande de l’être.

Ta présence change le monde tous les jours, même si tu t’en rends pas compte.

Ta présence rend le monde plus beau parce que t’es toi, t’es unique, t’es différente.

Pis t’sais, t’es belle aussi, mais ça c’est pas important, parce que t’es tellement plus que ça.

 

(Art: Bather on the beach, Fernando Botero)