Lutter contre la grossophobie – Comment être un.e meilleur.e allié.e?

Lutter contre la grossophobie – Comment être un.e meilleur.e allié.e?
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Vous êtes nombreux.ses à m'avoir demandé comment, en tant que personne non-grosse, combattre la grossophobie au quotidien. Tout d'abord, merci. C'est très cool de votre part de poser la question! Je termine donc l’année avec quelques trucs pour celles et ceux qui souhaitent sincèrement contribuer à rendre le monde plus juste et moins violent pour les gros.ses. Ça serait une bien belle façon de commencer 2018, non? :)

 

Avant de commencer, j'aimerais rappeler à tout le monde, gros.ses inclus.es, que ce qu'on demande à nos allié.es minces, on doit impérativement l'offrir à celles et ceux qui ne jouissent pas des mêmes privilèges que nous. Le mouvement fat positive/body positive ne serait rien, mais vraiment legit rien fuckall, sans les activistes lesbiennes qui se battent depuis des décennies, sans les femmes noires qui transportent littéralement le monde entier sur leurs épaules depuis fucking toujours, sans les personnes trans qui luttent 24/7 pour le respect, la reconnaissance et l'autonomie corporelle, sans les personnes avec un handicap qui militent pour l'accessibilité, la normalisation de la différence pis la fin des préjugés. Les grosses blanches avec un budget correct sont vraiment pas aux premières lignes du combat, ont rien inventé et sont loin de recevoir les plus gros coups. Tous les outils et tous les mots qu'on emploie pour parler de notre cause ont été inventés par des gens qui l'ont crissement plus difficile que nous. So au lieu de simplement se féliciter d'arriver à aimer son propre fat ass (même si c'est hot, lâchez pas), il faut rester conscient que PLEIN de monde fait face à infiniment plus de challenges au quotidien. Alors tous les trucs ci-dessous, tous les comportements et attentions dont on rêve de la part des non-gros.ses, on doit s'assurer de les adopter face aux autres.

Bon, ok. Tu veux devenir un.e meilleur.e allié.e?

 

Commence par le début.

La grossophobie est absolument partout, mais elle est pas née de rien; elle est le résultat de plusieurs années de headlines genre « épidémie d'obésité », « guerre contre le gras », « problème de poids », de préjugés renforcés de toutes parts - de l’école à l’hôpital à la famille à l’église à la pop culture - de millions de publicités et de jokes poches qui affirment qu'être gros est un horrible défaut. L'idée qu'être gros est mauvais, laid, indésirable et dangereux est ancrée profondément dans notre tête. Et pourtant, newsflash : il n'y a absolument rien de mal à être gros. Si t'as de la misère à accepter cet énoncé, tu sais par où commencer: remets en question ce que tu crois savoir. Travaille à changer ton opinion et à challenger tes préjugés. Mon blogue est un bon point de départ. Bonne lecture!

 

Écoute.

Si t'as la chance d'avoir dans ton entourage une personne grosse qui se sent suffisamment en confiance pour te parler de ce qu'elle vit, écoute-la. Mais écoute-la vraiment. Prétends pas avoir de solution magique, responsabilise-la surtout pas pour les comportements problématiques des autres et ne minimise jamais son expérience. Déjà parce que t'es pas en mesure de savoir ce qu'elle vit, ensuite parce que c'est insensible et inutile et, finalement, parce que tu voudrais quand même pas gaslighter et ignorer une personne que tu aimes juste pour éviter d'affronter ton propre inconfort; être un.e allié.e et un.e ami.e, c'est tout le contraire de ça. Quand une grosse personne te parle de ce qu'elle vit, prends ses propos pour du cash. Oui, tu vas trouver ça badtrippant. La grossophobie est vraiment cruelle, enrageante et injuste. Mais plus vite tu constates l'ampleur du problème, plus vite tu peux aider à le combattre.

 

Informe-toi.

Une des choses qui m'use le plus, personnellement, c'est de sortir de ma bulle et de constater que des opinions ridicules, grossières et fausses de type « être gros c'est mauvais pour la santé » sont fucking partout, tout le temps. Les gens ont juste accepté ça comme un fait et continuent de le régurgiter sans prendre la peine de s'informer pour voir si c'est vrai (un hint : ça l'est pas). Y'a des jours où ça me démolit complètement, où ça me donne l'impression que je fais tout ça pour rien pis que ça vaut juste pas la peine. Les propos haineux et caves s'accumulent et fatiguent tellement. Alors au lieu de radoter ce que ton père t'a appris et de blesser tout le monde par paresse intellectuelle, informe-toi donc. Deviens moins con.ne. Everybody wins!

 

Prends conscience de ta propre grossophobie

Tu peux pas lutter contre la grossophobie sans au préalable examiner la tienne. Le but de l'exercice, c'est de déceler toutes les associations grossophobes que fait ton cerveau pour les réévaluer et les transformer. Tous les automatismes qui naissent de l'idée que fat = bad sont à proscrire, et toutes les expressions grossophobes aussi. Initialement, je te conseillerais de te concentrer sur les choses que tu dis et fais en présence de grosses personnes, mais ultimement, tu devrais travailler à chasser la grossophobie de ta vie pour de bon.

Pour faire ça, porte attention à la façon dont tu parles de toi-même, à la manière dont tu te perçois et aux mots que tu mets sur tes sentiments négatifs par rapport à ton corps. On nous apprend à associer la grosseur avec une tonne de sentiments négatifs et à l'utiliser pour mettre de l'emphase péjorative sur plein de choses. Essaie de rester à l'affût de ton langage dans le but de le modifier. Porte attention à tes commentaires autour des repas. Aux remarques que tu passes quand t'as trop mangé, que t'es fatigué.e ou inconfortable, menstrué.e et bloaté.e, etc. À tes résolutions du jour de l'An. Aux idées qui te viennent en tête quand tu regardes une grosse personne manger ou analyse son assiette (un réflexe à proscrire, d’ailleurs; c’est très weird et ça en dit pas mal plus sur toi que sur la personne à qui appartient l’assiette, mais bon). 

Ainsi, parler de son « fat day » à son ami gros, c'est non. Déjà un fat day is not a thing, et tu devrais surveiller ton vocabulaire, mais bon. Lui demander si tes jeans te font un gros cul, ça sous-entend qu'un petit cul est mieux. Ça l'est pas. Tu veux dire à ton amie qu'elle est belle et t'as le réflexe de commencer ta phrase par « coudonc, as-tu maigri? » ou « ben non, t'es pas grosse »? Chut. On peut être les deux en même temps. S’exprimer sans dénigrer tout un groupe de personnes ayant un certain type de corps, c’est tout à fait possible. Faut juste s’examiner et se réajuster. En décidant de prendre conscience de tes réflexes grossopĥobes, tu risques de réaliser que t'en as plein. C'est un peu déstabilisant, mais rester attentif est un très bon début.

 

Pose des questions.

Dans notre quête de dédramatiser le fait d'être gros, y'a aussi le désir de briser le tabou entourant notre corps et notre poids. Certaines personnes sont plus fat que d'autres, et c'est pas un si gros deal. Ça, ça veut dire que tu peux te sentir à l'aise de poser des questions si tu en as. Si ton objectif est vraiment de rendre la vie plus facile aux autres, par contre, tu comprendras que la majorité des efforts doivent venir de toi. Pas d’eux. Les faire faire la job à ta place est vraiment contre-intuitif. L’information est là; si tu veux la trouver, tu vas la trouver. Communiquer est merveilleux et nécessaire, mais exiger d’une grosse personne qu’elle prépare un plaidoyer pour te convaincre qu’elle mérite le respect est crissement pas la bonne approche. Si tu veux discuter, entame la discussion avec une question sincère, réfléchie, libre de sous-entendus méchants et ignorants, posée poliment à une personne que tu sais confortable avec son corps et ouverte à la discussion. Dans le doute, just don’t be an asshole pis ça devrait bien aller.

 

Arrête de penser juste à toi.

On a tellement fait le tour de cette question qu'écrire ce paragraphe me gosse, mais y'a encore des tonnes de gens qui ont pas compris : non, les gros n'ont pas le monopole des body issues. Tout le monde a des complexes. Mais se trouver laid et être opprimé et discriminé par une chiée d'inconnus tous les jours, insulté dans la rue, payé moins cher, abusé par les médecins et traité comme de la viande dans des téléréalités type freak show moderne où on se délecte de nous regarder vomir en braillant sur un treadmill et se décalisser le corps sous les applaudissements d'une crowd assoiffée de sang, (lookin' at you, émissions de perte de poids compétitive, calisse d'abominations cruelles qui devraient être illégales) ce sont deux choses VRAIMENT DISTINCTES. Le « skinny-shaming » à l’échelle sociétale existe pas plus que le « racisme inversé », tout le monde devrait savoir ça depuis longtemps, je suis excessivement bored avec cette discussion et je peux pas croire qu'on doit encore l'avoir.

La grossophobie et la pression de se conformer aux standards de beauté sont deux choses qui existent en parallèle, mais qui ne sont pas les deux côtés d'une même médaille pantoute. La société fait pas ouvertement la guerre à ta cuillère à soupe de suif à l'intérieur des cuisses; personne est victime de discrimination et de maltraitance à cause de ça. Y’a une différence entre un problème de société et du cas par cas. Arrêtez de faire des rapprochements chiants qui servent juste à staller le débat sans faire avancer quoi que ce soit. Si ton corps correspond aux standards de beauté, réjouis-toi donc (ou aide-nous) au lieu de vouloir à tout prix être opprimé. Fais-moi confiance : c'est vraiment pas agréable d'être perçu comme la manifestation physique de tout ce qui va mal dans le monde.

La bonne nouvelle, c'est que tu peux travailler à t'aimer davantage sans instrumentaliser notre cause. Ton self-love et le nôtre sont pas mutuellement exclusifs; ils devraient au contraire cohabiter et avancer ensemble. Le fait qu'on se batte pour s'aimer t'enlève rien du tout, et on devrait pouvoir parler de ce qu'on vit sans que des minces surgissent de partout pour crier qu'eux aussi ont des complexes. On le sait. C'est pas de ça qu'il est question. This is not about you and you know it. Ça suffit.

Heureusement, la plupart de mes lecteurs non-gros ont déjà compris que de tenter de s'approprier le spotlight n'est pas la meilleure tactique - genre que performer l'acceptation courageuse de défauts non-existants, type « j'assume trop mes rolls #bopowarrior » sur un selfie au gym en se pincant un pouce de peau, ça aide personne. T'as juste l'air de vouloir te faire dire que t'es pas gros.se et récolter des likes en surfant sur une oppression que tu subis pas et ça, c'est aussi grossophobe que niaiseux. 

 

Arrête de rire.

Rire du corps des gens est juste pas drôle. Arrête de faire des jokes de gros, arrête de rire des jokes de gros, pis réprimande tes amis qui font des jokes de gros. OU sois dans le camp des humoristes queb mainstream vieillissants qui crient à la censure pour pas admettre qu’ils sont juste pas drôles. Ton call.

 

Gère ton entourage

On s'en sort pas : si tu veux être un.e meilleur.e allié.e, tu vas devoir devenir cette personne gossante et self-righteous qui dit à ses amis et autres tontons mottés de cesser de dire des conneries. C'est pas toujours agréable, mais caller out son entourage en tant que non-gros est beaucoup plus facile que de le faire quand tu l'es et que c'est de ta propre personne dont il est question. Croyez-moi sur parole; défendre son corps et ses choix dans un souper, c'est très moyen comme expérience. Pour chaque personne que tu confrontes, tu risques de sauver une grosse personne d'un énième moment d'abus dans le futur. Au risque d'être cheesy, peut-être que schooler ton petit cousin au souper du jour de l'An va l'empêcher de dire LA chose qui pousserait le chubby kid dans sa classe à avaler toute la bouteille de pilules dans six ans. On sait jamais. Tous les petits moments comptent. C’est l’accumulation qui érode. Anyway, quiconque se permet de dire des méchancetés ignorantes sur tout un groupe de personnes mérite de se faire remettre à sa place devant tout le monde. 

 

Je... pense que c'est tout? J'espère que ça vous aide, et hésitez jamais à me contacter si vous avez des suggestions de conseils à ajouter ou des questions pas épaisses à me poser. Vous savez que mon but est de vous monter des textes qui vous épargnent temps et énergie; y'a pas de meilleur feeling que juste paster un url au lieu de perdre une heure de sa vie à répéter les mêmes affaires!

Bonne année à toutes et tous, vous êtes suprêmes. J'ai quelques projets fort excitants qui s'en viennent et dont j'ai trop hâte de vous parler. D'ici là, lollez prétentieusement à toutes les annonces de régime stupides qui vont popper partout avec le nouvel an et faites-leur un double fuck you dans les airs de ma part!

Xoxo Gab