Noémi RouleauComment

Collabo - Comment la couture m'a réconciliée avec mon corps

Noémi RouleauComment
Collabo - Comment la couture m'a réconciliée avec mon corps
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Mon corps a beaucoup changé dans les 4 dernières années, blame it on le stress du travail, un burnout, un deuil à finir ou la trentaine. Ou juste le fait que j’aie finalement un salaire décent, alors je lunch au resto plus souvent, et puisque je travaille beaucoup, j’ai le takeout facile. J’ai toujours été grosse, c’est juste que maintenant je le suis un peu plus mais, surtout, la shape de mon corps a changé et je struggle encore un peu à l’accepter et à l’habiller. 

La chose qui m’aide à être plus à redevenir à l’aise avec mon corps, c’est la couture : ben oui, je couds une partie de ma garde-robe. Vous avez peut-être en tête une jupe en patchwork de hippie qui sent le DIY, mais vous auriez tort. En fait, la plupart du temps, les gens ne remarquent pas la différence entre ce qui est fait par moi et ce qui est acheté. 

J’ai commencé à coudre il y a environ 7 ans. Au début, c’était surtout pour me faire des robes vintage, comme en trouver à ma taille est presque impossible (je suis grosse ET grande mais avec un petit poitrail, pas vraiment une shape commune dans les friperies) et pour me faire des pencils skirts pas chères. Au cours des 4-5 dernières années, je me suis mise à coudre de façon plus régulière. Coudre fait des merveilles pour mon stress et mon anxiété. C’est du me-time de qualité et qui donne des résultats. Tranquillement, j’ai pris conscience d’un effet collatéral de la couture : avoir des vêtements qui nous tombent bien, ça fait des miracles sur l’image que l’on a de soi. 

Quand j’ai commencé à me faire des vêtements de façon plus sérieuse, je me suis mise à suivre des blogs d’autres sewists/seamstresses (vous avez pas idée du débat online sur la terminologie…). Mais il y a 5 ans, au premier abord, la blogosphère couturière ne me ressemblait pas beaucoup : j’y trouvais beaucoup d’inspiration côté style, mais peu de représentation de mon type de corps. Même dans les tailles des patrons, les tailles plus était assez mal représentées. La blogueuse Mary Danielson Perry a d’ailleurs pondu un excellent blog post à l’époque qui résume bien l’état du monde de la couture domestique à l’époque :

There are precious few pattern companies who tread into truly plus sized waters. Instead, larger sewists are forced to grade and slash and spread to even get a baseline pattern. It's as if the designers don't simply ignore this population, but actively discourage association with their brands. That, quite frankly, blows. […] Why aren't there more women of a size blogging? If statistics hold true, 40% of western women are a size 14+. So, where are they?

I suspect that, not unlike RTW (Ready-to-Wear, aka Prêt-à-Porter) fashion, plus size sewing bloggers have been sized out of the conversation altogether.

Petit aparté : Le blogue est en anglais, mais je vous suggère fortement d’aller jeter un œil sous l’onglet « My Closet » question de voir son style impeccable et fait-main. Allo, closet envy.  

En cherchant bien, j’ai quand même fini par trouver plusieurs blogues de couturières taille plus, que je suis encore maintenant. Des filles de toutes les tailles et de toutes les formes, avec des styles différents autant dans leurs vêtements que dans leur façon de parler de leur corps. Mais toutes avaient une chose en commun : elles osaient. Elles prenaient des risques avec leur style ET leur corps. Elles mettaient leur corps sur internet chaque semaine, pour que les gens puissent voir leurs créations. Leur corps, malgré tout ce que la société nous enfonce dans la gorge, n’était pas un obstacle au style. Ce n’était pas leur corps qui était problématique, mais plutôt les vêtements. 

Jenny Rushmore, la blogueuse influente derrière Cashmerette, décrit vraiment bien l’effet que la couture peut avoir sur la perception de son corps quand on est taille plus. Maintenant designer indépendante de patrons grandes tailles, elle a publié ce texte il y a quelques années pour parler de l’impact de la couture sur sa vie et ses body issues :

In fact, it wasn’t until I stopped shopping for clothes that I realized how I felt excluded and judged for not being a “normal” size. It turns out that it wasn’t my body that wasn’t fitting the clothes—it was the clothes that weren’t fitting my body! Now, I decide what I want to wear and make it in my size, and it fits 100% of the time. Who cares where I am in the size range of that store’s customers, or if Anthropologie deigns to fit this mighty bosom? Freedom from having to meet someone else’s standards is so sweet.

Cette citation, c’est la plus grande leçon que coudre (et feu What Not To Wear, qui le répétait sans cesse aux participantes) m’a appris : c’est les vêtements le problème, pas toi

Pour moi, c’est un élément clé pour ne plus haïr mon ventre, ou mon gros (et majestueux, faut le mentionner) derrière qui fait 2 tailles de plus que mon buste. Aucun vêtement n’est hors de portée si je le fabrique moi-même, sur mesure, pour mon corps. Pas sur des mesures aussi connes qu’une taille arbitraire non plus : sur mes vraies mensurations que je reprends à chaque nouvelle pièce que j’ajoute à ma garde-robe. 

Le blogue Cashmerette est aujourd’hui moins actif (et, tristement, un peu moins intéressant) depuis qu’il sert surtout de vitrine commerciale pour sa ligne de patrons, mais la série de posts « Curvy Confidence Interviews » vaut le détour pour découvrir des femmes super inspirantes. 

Par ailleurs, Jenny Rushmore et Mary Danielson sont 2 des membres fondateurs du Curvy Sewing Collective, un super exemple de diversité corporelle. On y trouve tout plein de critiques de patrons, de trucs et d’entrevues (la série Sewing for my Curves est vraiment cool), et montre une grande variété de corps, d’âges, de styles qui font du bien. 

Au cours des dernières années, heureusement, il y a un vent de changement chez les designers de patrons mainstream (les Big 4 : Burda, McCalls, Simplicity, Vogue) qui TRANQUILLEMENT commencent à nous proposer moins de tentes informes et plus de morceaux variés avec de jolies coupes. Mais c’est chez les designers indépendants qu’on voit les plus grands changements. Colette Patterns et leur magazine associé Seamwork en sont un excellent exemple. Les patrons ont un size range plus étendu qu’avant, mais surtout, le magazine ET le marketing pour les patrons utilisent des mannequins taille régulière et taille plus; même les sketches sont fait sur différentes grosseurs de corps ( j’en ai eu les larmes aux yeux la première fois que j’ai vu un des sketches tellement ça fait du bien savoir qu'on n'est plus ignorées). Le type de corps n’est pas très varié encore (on reste pas mal dans l’hourglass shape), mais c’est tout de même un pas dans la bonne direction. 

Ce qui reste le plus agréable d’être une grosse couturière, c’est l’accueil, le positivisme, le soutien et l’encouragement que la communauté en ligne exsude. C’est une des communautés les plus wholesome et gentille EVER. Les gens sont vraiment juste heureux de créer, de partager, de s’entre-aider et de se complimenter, peu importe la taille de patron. C’est vrai que les blogueuses se font parfois troller (sur Instragam et Twitter, surprise surprise… le sigh) et c’est vraiment poche, mais à ce jour je n’ai jamais vu une couturière en troller une autre. 

Je pourrais parler longtemps de couture, c’est quelque chose qui me passionne et apprendre à coudre a été une des choses les plus significatives dans ma relation avec mon corps (les autres: la boxe et habiter au UK, mais ça, ce sera pour une autre fois). J’aimerais bien toutes vous convaincre de vous y mettre, mais j’ai pas trop la fibre évangéliste.