Crisse ta balance aux poubelles

Crisse ta balance aux poubelles
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La plupart des gens, quand on leur suggère de cesser de se peser, ont une drôle de réaction. Ils le font depuis si longtemps, par réflexe, qu'ils ont l'impression que c'est vraiment important. Et pourtant... Se peser, ça sert à quoi?

Pour plusieurs, c'est un moment d'angoisse sans cesse renouvelé, qu'on le fasse tous les jours (ce qui n'a aucun sens, objectivement) ou tous les mois, un moment où on laisse un morceau de métal décider de notre mood. Nous dire combien on vaut, si on a été une « bonne personne », si on va passer les prochaines semaines à se repentir, sous la forme d'un chiffre random qui décide à notre place si on va passer une journée cool ou se sentir comme une merde, ou si on s'est suffisamment privé pour mériter de se sentir bien dans sa peau. C'est d'autant plus con que l'effet sur notre moral serait le même si quelqu'un était venu tweaker la balance avant notre passage, histoire qu'elle nous pèse à la baisse. Parce que tout ça, sans grande surprise, c'est dans la tête. Le chiffre, il a tout ce pouvoir-là parce qu'on lui accorde, point final.

Le simple exercice de se peser, qu'on se le dise, est absurde.* D'une part, on a tendance – pour plusieurs raisons, toutes aussi peu pertinentes les unes que les autres – à se fixer comme objectif un poids qui est en dessous de notre poids « naturel », soit celui que notre corps maintient de façon plus ou moins stable au fil de notre vie adulte. C'est normal de fluctuer un peu, ou même beaucoup, en réaction à une multitude de facteurs. Malgré tout, on a l'impression que pour être une bonne personne, il faut se fixer un objectif, qui aura généralement été déterminé par une source extérieure de façon relativement arbitraire (parlez-moi même pas d'IMC, je vais prendre feu) et le respecter coûte que coûte. Pourquoi? Parce que, I guess. Parce que c'est comme ça. On a décidé un jour que réussir sa vie, c'était garder son poids de fin d'adolescence jusqu'à la retraite. Ou son poids de mariage. Ou son poids pré-bébé. Pourtant, notre corps change SANS ARRÊT et va continuer de se transformer POUR TOUJOURS. Il existe pas, le chiffre magique qui va nous garantir succès, bonheur et petits oiseaux cui-cui. C'est une invention random. Quand on s'arrête pour y penser un peu, on voit bien qu'évaluer quoi que ce soit en fonction du chiffre sur la balance fait bien plus de mal que de bien.

Le plus triste, avec ce chiffre arbitraire, c'est que tellement de gens vont le poursuivre toute leur vie sans jamais l'atteindre. Je ne compte plus les messages de mes lectrices d'un certain âge, qui m'écrivent qu'elles ont près de 70 ans, et qu'elles se sont battues pour perdre genre quinze livres depuis la vingtaine. Quinze livres de rien du tout. Quinze livres que leur corps ne veut visiblement pas perdre et dont on se fout éperdument, pour peu qu'on cesse de s'accrocher à une seule version de la beauté, de la santé et du bonheur, dictée par une société qui veut nous vendre des smoothies pis des mensonges. Ça fait cinquante ans, gaspillés pour quinze livres connes. Cinquante ans de régimes yo-yo mauvais pour la santé mentale, la santé physique et qui font prendre du poids en fin de compte. Cinquante ans de honte, de comptage de calories, d'exercice pratiqué non par plaisir, mais pour se punir d'avoir dégusté un biscuit. Cinquante ans à avoir honte de se mettre en maillot, à couper les étiquettes de ses vêtements pour que personne ne sache leur taille. Cinquante ans qui reviendront jamais.

Et pourquoi? Pour une illusion. On attache au poids beaucoup trop d'importance, et on a oublié qu'il y a de meilleures façons de « prendre soin de soi » que de tenter de le contrôler. On a oublié qu'on peut être plogué sur son corps autrement.

Mieux que se peser? Réapprivoiser son corps, les sensations qui le traversent, les signaux qu'il nous envoie et qu'on ignore trop souvent. Prendre conscience de qu'il peut faire pour nous, de la marche matinale aux orgasmes aux fous rires. Retomber amoureux de toutes les choses qui se transforment sur lui tous les jours, et qu'on va devoir accepter si on a la chance d'un jour devenir vieux. Des cicatrices qui l'ornent, des bébés qu'il a nourris, des câlins qu'il a donnés à ceux qui en avaient besoin. Des traces de bronzage qui s'accrochent longtemps après les vacances. Des mottons, des plis, des poils, du doux, du mouillé, du rugueux. Ça a l'air évident, mais on a un seul corps. Vraiment juste un. Je dis qu'on l'a, mais je veux vraiment dire qu'on l'EST. C'est ni un boulet qu'on traîne, ni une sculpture qu'on doit parfaire pour s'en servir comme d'une carte de visite, ni un vaisseau fantôme qui nous flotte en dessous de la face. C'est littéralement l'incarnation physique de tout ce qu'on est, un organisme fucking hallucinant de complexité qui travaille 24/7 à nous garder en vie, la chose par quoi on expérimente l'existence au complet. La seule chose qu'on possède vraiment, et encore, pour si peu longtemps. Un osti de miracle de la nature. Tellement plus qu'un poids. Qu'un chiffre.

Le chiffre, il signifie rien. Si ton poids change dramatiquement, tu vas le sentir. Ton corps sait ce qu'il a à faire. Il va te dire s'il a faim, froid, besoin de courir, besoin de dormir. S'il est bien. Si on arrivait à lâcher réellement prise sur l'idée de manipuler nos corps par la nourriture et l'exercice, il seraient exactement là où ils ont besoin d'être. Certains plus petits, d'autres plus gros, and that's fine. On pense constamment qu'on peut manipuler notre corps, ralentir son vieillissement, le peaufiner pour faire plaisir aux autres. Mais tout ça, c'est du vent. On devrait plutôt être reconnaissant d'avoir un corps point, peu importe son apparence, et l'aimer férocement jusqu'au jour où il va être trop fatigué. Parce que ce jour-là, tôt ou tard, il va arriver.  Et je sais pas pour vous, mais moi, j'ai pas envie d'investir une esti de seconde de plus à faire la guerre à mon meilleur ami pour le forcer à rentrer dans un moule pas fait pour lui.

J'ai plus envie qu'un chiffre dicte ma vie. So je vais cesser de me peser. Aujourd'hui, et pour toujours.

Êtes-tu game? :)

 

Je vous conseille ce texte de Louise Green, aka Big Fit Girl, sur le sujet. Elle est awesome!

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Et enjoyez les photos du Smash Your Scale challenge chez Jess Baker!

* Évidemment, c'est pertinent dans certains contextes, mais on parle ici de se peser régulièrement chez soi ou au gym, pas chez le médecin pour des raisons bien précises qui n'ont rien à voir avec la perte de poids intentionnelle :)