Apprendre à aimer son fat ass – un mode d'emploi

Apprendre à aimer son fat ass – un mode d'emploi
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Ok le titre est turbo racoleur, scusez. J'haïs ça, les titres, et je profite de ce moment pour demander pardon à toutes mes éditrices et clients divers qui ont du dealer avec mes titres poches ou carrément absents depuis des années. SORRÉ.

Bon. Alors récemment, j'ai eu une conversation sur la page Facebook avec une lectrice qui disait arriver à trouver les autres grosses belles, mais être incapable de penser la même chose d'elle-même. J'ai souvent entendu ce commentaire-là - je l'ai moi-même dit dans le passé - et je voudrais surtout pas aliéner quiconque n'est pas rendu aussi loin que d'autres dans son processus d'acceptation. J'ai pas pris le temps de parler avec elle, mais j'aurais aimé lui dire que c'était pas une fatalité, de se sentir comme ça, mais plutôt une étape d'un long processus. À défaut d'avoir pu discuter avec elle, j'ai décidé de détailler un peu les phases du processus en question, de la façon dont je l'ai vécu. J'espère que ça en aidera certain.e.s.

Premièrement, que ce soit bien clair : s'accepter veut pas dire que tu hurles de joie chaque matin devant ton miroir ou que tu te pavanes 24/7 avec le feeling d'être un lingot d'or juicy ou un ange descendu des cieux. Le self-love n'est pas inatteignable si des fois t'es des journées où tu te sens comme de la marde; il ne l'est même pas si tu te sens comme de la marde la plupart du temps. C'est pas le bliss constant, ni une finalité, ni un truc que tu atteins pour ne plus jamais le perdre de vue. C'est plutôt la job d'une vie entière, un cadeau que tu décides de t'offrir et une tâche DIFFICILE à accomplir. So c'est pas parce que t'es pas rendue là que tu échoues ou que c'est pas pour toi. Au contraire. Ça demande beaucoup de patience et de compassion.

Des activistes plus nice que moi décrivent souvent le processus d'acceptation comme la quête d'être « ok » avec son corps. Pas de l'aduler 365 jours par an et de se verser du miel dessus en chantant. Juste de ne plus nourrir la haine qu'on entretient envers lui et aspirer à le respecter de plus en plus. Ce que ça signifie? Plusieurs petites choses.

Ne plus investir d'énergie à détailler ses défauts. Pour moi, c'était de cesser de gaspiller ma créativité à dire à mon chum combien j'ai l'air d'un clown fondu, du monstre de pizza dans Space Balls qui aurait plongé dans une piscine de morve, de Kirstie Alley photographiée par en dessous par un paparazzi véreux pendant qu'elle éternue en mangeant un taco pas de makeup un lendemain de veille les cheveux tout croches en sortant d'un char.

Si tu commences à te dénigrer, c'est simple. Ta yeule. Arrête, juste. Si t'as du mal, texte ton amie la plus sweet et écoute-la te complimenter. Les amis, ça sert aussi à ça. À te voir comme tu es, c'est-à-dire absolument magnifique.

Prendre conscience et COMBATTRE ACTIVEMENT ta grossophobie internalisée. Si tu te surprends à penser que t'es « pas comme les autres gros », que toi ou un de tes proches êtes « pas de même », t'es grossophobe. Tu renforces un préjugé qui te dénigre. C'est juste cave. Y'a pas de eux et de nous. Je comprends ce feeling-là, j'ai passé ma vie à me défendre d'avoir jamais bu une gorgée de Pepsi parce que j'tais tannée de me faire conseiller par des ignorants qui catchaient pas qu'on peut manger ben normalement et être gros quand même. Je comprends le désir de se dissocier. Mais quand on se débarrasse de ses propres préjugés, y'a rien à se dissocier de. Tout le monde mérite le respect, des soins de santé adéquats prodigués dans la dignité, le bonheur et l'amour et ce, peu importe la fréquence à laquelle il ou elle mange de la poutine.

Déjà, le « gros cliché » qui boit du Coke et mange des Jos Louis à journée longue en se plaignant d'un problème glandulaire, il est pas représentatif de la réalité. C'est un stéréotype super déshumanisant destiné à faciliter le fait de nous haïr et de nous juger. Et tant que tu méprises les « autres », tu pourras pas t'accepter toi. Moi, j'ai appris à me défendre en vous défendant vous. En les défendant eux. Pis par eux j'entends tous les gros, pas juste les jeunes et jolies blanches avec une silhouette en sablier pis un maquillage flawless 365 jours par an. Tous.

Prendre le temps de se convaincre qu'on le vaut vraiment. Ça, c'est pas rien. On est tous des produits du même environnement. On doit se défaire d'une tonne de notions préconçues pour arriver à s'accepter et ce, qu'elles concernent les autres ou nous-mêmes. Faut se défaire des mensonges entourant le poids et la valeur en tant qu'individu. Entre le poids et le droit à l'amour, au respect, à une vie sexuelle épanouie. Entre le poids et la détermination, la discipline, le courage, la réussite, l'ambition, la beauté. Le fait d'être une « bonne personne ».

Parce qu'au fond, c'est simple : le poids ne dit strictement FUCK ALL sur ce qu'est un individu. Littéralement rien, à part que son corps est plus gros que d'autres. Mais avant de s'accepter, il faut comprendre ça, profondément, jusque dans ses cellules. Et tant qu'on l'a pas fait, on se retrouve pogné entre l'image qu'on nous envoie des gros et la personne qu'on est, à angoisser en se demandant comment on peut réconcilier ces deux choses-là. Mais on peut pas. Parce que l'image cliché des gros, c'est une invention. Pis toi, t'es un être humain unique, complexe, dont le poids n'est qu'une des milliers de caractéristiques.

Devenir férocement en crisse après la système, le diet culture, le culte du corps parfait qui rend service à personne sauf ceux qui nous vendent des cossins après nous avoir convaincus qu'on en avait besoin pour se rendre acceptable et digne d'être heureux. C'est pas juste du jappage militant, esti. C'est réellement une grosse joke hypocrite dans laquelle on se complaît tous allégrement en jetant notre argent par les fenêtres et en se faisant violence toute notre vie pour fitter dans un moule random qui change constamment. Pour finalement arriver à 90 ans pis être genre « oups, c'était juste de la bullshit finalement. NONE OF THIS SHIT MATTERS. »

Écoute, tu fais ce que tu veux, mais perso j'ai envie de me sauver 60 ans de niaisage pis de réaliser tout de suite que j'ai une seule vie pis que c'est pas 40 livres pis trois poils qui vont m'empêcher de la vivre. Mon apparence est ben correcte. Pis au fond, bien honnêtement, je m'en crisse. C'est pas mon but sur Terre d'être cute. C'est certainement pas ma quête ultime. C'est même pas proche d'être aussi important qu'on veut nous le faire croire. Plus vite vous le réalisez, plus vite vous vous mettez en crisse, plus vite vous vous sentirez libres. Anyway, nos corps changent tout au long de notre vie. C'est inévitable. Attacher sa valeur à son apparence est voué à l'échec.

Arrêter de se justifier. Long story short, mon parcours à travers le fat acceptance m'a souvent amenée à me défendre contre la narrative la plus populaire qui veut qu'on soit gros à cause de quelque chose. J'ai passé des ANNÉES à me demander « pourquoi » j'étais grosse. I mean, j'ai pas eu une enfance parfaite, mais elle était correcte. J'ai vécu plusieurs choses au cours de ma vie, mais j'ai jamais vraiment utilisé la bouffe pour pallier à quoi que ce soit. J'ai la chance de ne jamais avoir de trouble alimentaire, même si le monde entier conspirait à m'en donner un. J'étais plus gourmande que certains, moins que d'autres. J'avais une alimentation qui aurait attiré l'attention de personne si j'avais pas été chubby. J'ai commencé à être grosse avant la puberté, pis j'ai toujours été grosse depuis.

Je pense vraiment que j'suis grosse parce que j'suis grosse. Je suis comme ça. C'est tout. Whatever. On accorde beaucoup de place aux récits des gros qui ont vécu des trucs très traumatiques, à ceux des personnes qui portent leur corps comme un bouclier ou qui l'ont utilisé pour tenter d'exercer un contrôle sur quelque chose quand la vie les roughait. Ce sont des récits super importants qui méritent une place, évidemment, mais je pense qu'il faudrait peut-être cesser de systématiquement demander aux gros « pourquoi » ils sont comme ils sont. On demande pas aux gens ce qui leur est arrivé pour qu'ils deviennent grands, ou roux. Sont juste de même. Et dès qu'on cesse de voir leur état comme une chose négative, une affreuse cicatrice qui ne peut être née que dans la douleur, on n'a plus le réflexe de poser la question. Et on devrait vouloir écouter les gens parler de ce dont ils ont besoin de se libérer sans que ça soit dans un contexte de JUSTIFIER LEUR HORRIBLE APPARENCE. C'est fucked up. À noter que je sais que je suis chanceuse de pas avoir d'histoire traumatique à attacher à mon corps. J'en suis consciente et je discrédite en RIEN les expériences des autres. Je dis simplement que nos corps sont pas forcément des symptômes. Et on n'est pas obligé d'examiner l'entièreté de son existence à travers l'angle du poids. C'est pas SI signifiant.

L'affaire, et je sais que c'est contradictoire, c'est que je trouve que le fait que certaines personnes soient plus grosses que d'autres est l'une des choses les moins intéressantes au monde. Genre vraiment! Ça prend énormément de place, parce que le monde est niaiseux, gossant et superficiel, alors on a besoin d'en parler et de s'entraider, mais en fin de compte, certaines personnes sont plus grosses, d'autres moins. That's it.

Fin de l'histoire.

J'ai vraiment espoir qu'un jour, tout le monde s'en crisse autant que moi. Mais en attendant, je vais chialer. Je vous aime, à la prochaine!