Ton microbiome fait dire fuck you

Ton microbiome fait dire fuck you

Vous êtes nombreuses à m'avoir envoyé des courriels suite à un reportage hier à la radio de Radio-Can sur l'influence du microbiome intestinal sur les résultats (ou plutôt l'échec) à moyen long terme des régimes. Le fameux effet yo-yo.

J'ai vu ça passer quelques fois ces derniers mois. Dans ce cas-ci, en gros, c'est une explication scientifique du fait que même quand on travaille très fort à perdre du poids, notre corps fait tout pour le reprendre, si bien qu'on doit se battre avec acharnement pour ne pas réengraisser, et ce, durant des années. Par se battre, j'entends pas juste maintenir son poids comme une autre personne. On parle bien de continuer d'être au régime, en quelque sorte, parce que le corps d'une personne qui a maigri est beaucoup plus enclin à reprendre du poids de façon démesurée que celui d'une personne qui ne l'a pas fait. À calories et niveau d'activité égaux, une ex-grosse engraissera, une jamais-grosse restera stable. Et souvent, le poids reviendra accompagné d'une couple de livres de plus parce que fuck you.

Je suis moyennement emballée par ces recherches-là parce que bien que je trouve ça intéressant, c'est pas un blogue de perte de poids. Je pense pas que vous êtes ici pour que je vous dise OMG GUZZLONS ENSEMBLE DES CAPSULES QUI VONT FUCKER AVEC NOTRE FLORE INTESTINALE #SkinnyLyfe4ever. Des blogues pour vous dire que vous devez maigrir, y'en manque pas. J'essaie de mon mieux de faire un blogue fat-positive, même si je peux pas vous dire que je suis 100% OK avec mon corps dans son état actuel.

La raison pour laquelle j'en parle, c'est parce que ça fait juste commencer à confirmer ce que tout le monde ici sait déjà : la notion de 1 calorie in, 1 calorie out, c'est d'la marde. Tu peux être obèse sans être un cochon sédentaire. Non, tous les corps sont pas pareils. Non, c'est pas juste des mathématiques. Nous, on sait ça. Mais j'espère que ce genre de recherches va apprendre aux autres qu'ils ne doivent pas leur minceur à leur seule discipline sans faille de personnes merveilleuses. J'imagine que nous chier sur la tête leur donne une occasion de se faire croire qu'ils sont donc ben raisonnables, eux, mais c'est de la bullshit. Je serais curieuse de voir combien de personnes minces mangent exactement l'apport calorique dont leur corps a besoin par jour et pas une seule de plus. Je suis convaincue qu'il n'y en a pas tant que ça. Les corps sont juste différents. Certains s'accrochent à la moindre osti de calorie en trop et d'autres non. So la réalité, c'est que si t'as un type de corps qui aime ça engraisser, tu vas devoir travailler beaucoup plus fort pour obtenir le même résultat que ton voisin (qui va évidemment se faire un plaisir de te juger tout au long du processus). Si tu perds pas assez, pas assez vite, trop vite, pas assez bien, si tu reprends. Il s'en fout, lui, que ton corps soit pour ainsi dire ton ennemi dans tout ça. Parce que tant qu'il décide que ton poids est entièrement de ta faute, il peut se complaire dans l'idée que le sien l'est aussi. S'il est mince, c'est par force de caractère.

Pour une raison qui me fascine, on accepte sans problème l'idée de ces gens qui mangent comme des déchaînés sans prendre un gramme. On les emmerde et leur ordonne de manger des sandwiches, bien entendu, parce qu'on est collectivement incapables de crisser patience aux gens au sujet de leur corps, mais on accepte que leur métabolisme puisse être plus rapide. Mais le contraire? Un corps qui retient tout? NON. IMPOSSIBLE. GLOUTONNERIE. LUXURE. JÉSUS DÉSAPPROUVERAIT.

Je le dis depuis longtemps, à mes amis, mes médecins, le monde cave sur internet. Tant que la science et la médecine vont s'entêter à nous culpabiliser et à nous juger, elles feront rien pour nous AIDER. Qu'on cesse de me servir la même vieille marde. Quelque chose dans nos corps se produit et est hors de notre contrôle. Faire attention à ce qu'on mange, oui, évidemment. On devrait tous le faire. Mais ça ne suffit pas toujours. Je sais que je suis pas un cochon déviant, câlisse. Et les autres personnes grosses que je connais non plus. On mange souvent pas différent des autres. Y'a autre chose. Autre chose que personne semble vouloir investiguer. Dont la médecine semble se crisser, trop occupée qu'elle est à nous traiter de caves et à nous laisser mourir. Mais avec cette étude-là, elle est en train d'expliquer pourquoi, peu importe combien tu travailles fort, c'est un peu pour rien. Yay!  (Mais qu'on ne te voie pas t'aimer telle quelle, croire que tu mérites l'amour ou oser essayer d'être heureuse, nope. Tu dois être punie d'occuper plus de pouces carrés que convenu. Chaque jour. Sinon des inconnus vont venir te parler de diabète en commentaires.)

J'imagine que c'est un début. J'ai confiance que l'industrie saura monétiser ces nouvelles découvertes encore incomprises pour essayer de nous vendre de la crap avant de maybe, just maybe, s'attaquer à la source du problème, longtemps après qu'on soit tous morts de maladies évitables sous le poids de nos bedaines et du jugement. Quand ils auront trouvé le gêne ou le virus qui fait exploser de gras des gens aux habitudes de vie pourtant saines, qu'on va enfin réaliser que c'était pas entièrement une question de volonté et de discipline, pis qu'on a shamé des gens chaque jour de leur vie en ignorant leurs problèmes jusqu'à temps qu'ils crèvent, vous viendrez dropper un bouquet sur ma tombe, ou quelque chose, avec une carte qui dit « scuse ». J'apprécierais.

So voilà. Cette étude m'apprend rien, elle t'apprend rien, mais hopefully elle va apprendre de quoi à ta tante, ta sœur, ton amie low-key bitch qui te dit que t'es « belle pareil » et « t'as-tu essayé de boire de l'eau? ». La science fait dire que si tu perds et regagnes une tonne, c'est pas juste que t'es poche. C'est ton microbiome.