GROSSE - La peur du mot

 

S’il est une chose que toutes les grosses ont remarqué (le féminin est employé pour alléger le texte), c’est la face de choc des gens quand on se décrit comme grosse devant eux pour la première fois. Esti qu’ils sont mal à l’aise. « Ben là dis pas ça! » et autres variantes de « Franchement on dit pas des affaires de même » pis de « T’es pas grosse t’es juste enveloppée » ou whatever euphémisme. Ils savent pas où se mettre, et il faut alors les réconforter. Les aider, eux, à se sentir confortables avec un mot qu’on emploie pour décrire notre propre corps. Un mot qui n’est en fait qu’un descriptif, pas connoté, pas lourd de signification… en dehors de sa définition littérale, obvi. Je dis rien de nouveau, ici, et quiconque me ressemble connaît trop bien ce feeling. Le truc qui me gosse?

Notre corps, LEUR malaise.

Je vais donc m’adresser à tous ces gentils gens de notre entourage qui, bien qu'animés de bonnes intentions, se trouvent à faire un peu obstacle à notre quête quotidienne de pas se sentir trop comme de la marde.  

Mettons une chose au clair en partant : quand tu me dis de pas employer le mot « grosse », c’est parce que TU le perçois comme une insulte. Pour toi, dans grosse, y’a plein d’autres mots cachés. Laide, paresseuse, indésirable, whatever cliché affreux qu’on t’a dit d’associer au surpoids. Quand tu me forces à m’adapter à ton malaise face au mot que j’emploie pour parler de mon corps avec tout le respect qu’il mérite, tu m’insultes as fuck.

Je suis grosse. Objectivement, indéniablement, absolument grosse. Et quand je te dis que je suis grosse, je te dis tout simplement ça. Rien d’autre. Je sais que c’est constamment employé comme une insulte. Je le sais d’ailleurs sans doute mieux que toi. Mais dans la mesure où on l’emploie pour m’insulter MOI, mais aussi pour décrire la taille de choses qu’on trouve awesome en format géant (genre un ourson fluffy qui tombe à la renverse, une montagne d’écus Picsou-style, un morceau de gâteau, une belle maison, une graine (lol pardon)) ou plein d’autres choses auxquelles affubler le mot gros est super positif, j’ai envie d’essayer de lui enlever un peu de sa connotation négative. Une fille peut ben rêver. 

Si c’est important pour toi d’être aussi respectueux que possible dans tes rapports avec les gros dans ta vie (et les gens en général), il faut que t’apprennes à 1-examiner tes réactions aux choses et 2- les gérer de ton côté sans rejeter ton malaise sur la personne qui est devant toi, histoire de devenir une meilleure oreille pour tes êtres chers quand ils parlent d’une facette de leur expérience que tu ne vis pas toi-même, et que t’es par conséquent pas en mesure de policer ou d’exiger qu’on l’adapte à tes délicates sensibilités*.

T’as envie de mettre ta main sur ma bouche quand je te parle de ce que je vis en tant que grosse? Prends du temps avec toi-même et deal avec ça. Peut-être que c’est super mal vu dans ta famille, que c’est un dirty word dans ton univers, que sans t’en rendre compte t’as internalisé le fait qu’être grosse est le pire échec qu’on puisse subir. Les raisons d’haïr le mot ne manquent pas. Conséquemment, t’as pas envie que ce mot-là soit associé à ton amie, ta sœur, ta blonde, la fille que t’aime, la GROSSE fille que t’aimes, qui se tient devant toi et l’utilise comme si c’tait rien. Parce que pour toi, c’est une insulte. Tout ça est compréhensible. On le vit tous, crois-moi. Avant de commencer à utiliser le mot grosse pour parler de soi-même, il a fallu qu’on le réapprivoise, le revisite, le dédramatise, le remette à sa place. On a fait cette job-là nous-mêmes.

Fais-nous pas faire la tienne en plus. Fais-moi pas te RASSURER comme quoi c’est juste un mot, que je dis ça de même, que c’est pas grave, que je suis OK avec qui je suis. Que je suis aimable MALGRÉ ÇA. Fais-moi pas faire ça. C’est pas ma responsabilité, et c’est super blessant. Parce que quand je dis grosse, je veux simplement dire non-mince. Pas laide, worthless, ou dégoûtante. Si c'est ça que t’entends, c’est ton problème. Pas le mien. So de grâce, si tu veux bien faire, règle tes bibittes et laisse-moi employer les mots justes pour décrire mon enveloppe.

En entretenant la peur du mot, on entretient la peur de la chose. Et crisse que j’ai fini de faire ça. Je suis hella grosse, fat, obèse, name it. Je perdrai pas 100 livres instantanément si je me mets à utilisée enrobée, rondelette ou bien en chair pour faire plaisir aux autres.

C’est déjà assez dur d’avoir un corps à qui on reproche d’être invisible et trop visible en même temps sans en plus devoir danser autour des mots.

*Cette leçon de vie ultra-pratique sous forme de phrase trop longue, qui s’applique à de très nombreuses discussions, t’est gracieusement offerte par une grosse qui passe ben trop de temps à s’obstiner avec des épais sur internet. Check ton privilège. Toujours. <3