Lettre à moi-même - Écoute-les pas

Lettre à moi-même - Écoute-les pas
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Je suis plus fat aujourd’hui que jamais auparavant. Depuis que je suis adulte, sans trop m’en rendre compte, au fil des ups, des downs, des essai-erreurs avec la contraception hormonale et des années, j’ai engraissé de plus en plus, jusqu’à topper, en date d’aujourd’hui, à 325 livres. C’est fucked-up beaucoup.

J’ai perdu une quarantaine de livres y’a quelques années, genre en 2012, mais un moment donné life happened pis un breakup, une faillite, un avortement, la perte de ma job, avoir arrêté de fumer, quelques décès/cancers dans la famille et diverses autres mardes, je suis remontée à 15 livres au-dessus de mon poids de départ. Je trouve ça fou. J’ai vraiment senti à quel point un corps qui vient de perdre du poids accumule comme jamais. J’avais pourtant conservé une tonne de bonnes habitudes et j’en ai pas pris de nouvelles mauvaises.

J’ai jamais été particulièrement dégueu avec la bouffe, anyway, et ça y’a pas un concern-troll qui va me faire croire le contraire en me parlant de thermodynamics comme s’il savait ce que ça veut dire. J’ai un métabolisme de caca, si je veux être mince (je veux pas être mince, so on va y aller avec « moins fat ») je vais devoir dévouer ma vie à ça et accepter que pour obtenir le même résultat qu’un autre, je vais devoir travailler dix fois plus fort. Pour toujours. Je sais pas que j’ai envie de me faire chier à ce point-là pour peut-être vivre plus longtemps. Je sais pas si je les veux, ces X années-là à la fin, alitée dans un centre à me faire laver les fesses par des inconnus sous-payés qui me parlent comme si j’étais un enfant de trois ans comme on fait, for some reason, avec les vieux. En attendant, j’essaie de m’aimer, je fais du yoga pis je m’efforce de jamais me laisser convaincre que je vaux moins que les autres.

 

Mais c’est pas ça le point.

 

Le point, c’est que je suis plus grosse que jamais auparavant dans ma vie. Mais je me SENS quand même moins fat que quand j’étais jeune.

 

J’ai toujours été chubby. À partir de mes dix ans, environ. 8, maybe? Étrange un peu, parce que mes deux parents sont minces et que ma mère nous faisait manger plus santé que tout le monde que je connais. Presque pas de viande, juste des bonnes choses. Zéro Dunk-a-Roos, à mon grand désarroi. Full Shredded Wheats nature, du pain brun pis de la luzerne. Toujours reste-t-il que des fois, les petites filles deviennent boulottes à la fin de l’enfance, pis généralement elles en sortent, mais pour moi il s’est passé quelque chose.

 

Il s’est passé énormément, mais énormément de bullying, à une époque où le mot était pas en vogue et qu’on se faisait dire que c’était dans nos têtes. Il s’est passé des relations tendues avec ma famille, qui au fil du temps s’inquiétait de plus en plus de mon poids, passait des commentaires, me parlait de ma santé avec toute la bonne volonté du monde. Sous l’emprise de la colère, mon poids était évidemment l’insulte de choix. J’étais une petite boule awkward et excessivement malheureuse, et je me faisais intimider tous les jours. À l’école et en dehors. Un mauvais mix de surdouance et de complexes me rendait aussi désagréable qu’angoissée, mais bon. La bonne nouvelle, avec l’enfance, c’est que ça finit par passer.

 

Fast forward en secondaire 5. J’étais encore ronde, mais à veille d’en sortir. Je devais faire un size 16, maybe? J’étais enrobée, mais sans plus. Je le vois, avec le recul. J’étais pas si fat. Mais je me SENTAIS comme si je pesais 400lbs. J’étais la grosse de mon école, la grosse de ma famille, la grosse de mon groupe d’amis. Depuis toujours.

 

Je suis partie en appart à seize ans, j’ai été très pauvre et eu très faim durant quelques années - à mon plus petit je devais être une taille 14 - et après ça, vers 19 ans, ma vie est devenue plus facile et j’ai engraissé, pis engraissé, pis engraissé… Jusqu’à me réveiller un matin pis être genre WHAT THE ACTUAL FUCK JE SUIS GIGANTESQUE. Parce que c’est ça le feeling. J’aimais juger les gens de 800 lbs en me disant câlisse, voyons, à MILLE REPRISES t’as eu l’occasion de te regarder dans le miroir et d’être genre WHOA, demain je serai plus capable de marcher, alors peut-être qu’il vaut mieux déposer le burger. Mais honnêtement, à ce point-ci, je sais pas. Ce que je sais, c'est que chaque jour, si je suis pas activement en train de surveiller obsessivement ce que je mange pour perdre du poids, j’en prends. Simple as that. J’en prends SANS ARRÊT. Ça semble simple, mais ça l’est pas. Ça veut dire overthinker au restaurant, te sentir coupable en permanence quand t'es pressée pis que tu fais juste pogner de quoi grignoter au dep pour pas tomber en hypo, pis avoir toujours au moins 15% faim parce que ton gros corps de marde est complètement débalancé et retient la moindre calorie de trop. Pis des fois, ça te tente juste pas de penser à ça. T’as envie de te faire une toast, osti, sans angoisser sur ce qui est mieux entre une cuillère à soupe de beurre de pinottes ou deux tranches d’avocat, pis d’aller finir de travailler un texte sur ton ordi. Des fois, tu veux juste manger du popcorn devant la télé sans le mesurer avant. (Mesurer son popcorn, avez-vous idée combien c’est déprimant?). Juste souper à Noël avec les gens que t'aimes sans te demander combien de semaines d’efforts tu viens de perdre pour un boutte de tourtière. Des fois, t’es tannée de te justifier auprès tout le monde qui croit que t’as juste à arrêter tes comportements déviants pour maigrir en leur expliquant que t’en as pas vraiment, au-delà d'une gourmandise somme toute vraiment average. Des fois, comme tout le monde, tu veux juste un brownie.

 

Des fois, ça te tente de pas te faire parler comme si t’étais stupide des bases de la nutrition par some asshole qui a miraculeusement perdu 50 livres après avoir cessé de boire 6 litres de coke par jour.

 

J’AI JAMAIS BU ÇA, MOI DU COKE, gros cave. Littéralement aucune liqueur de ma vie entière. Je trouve ça dégueu. Pis non, tu m’apprends pas l’existence des fruits. J’ai jamais mangé de crisse de pain blanc. Oui, je sais que le jus c’est des calories vides. So tu veux que je coupe quoi au juste? Je bois pas d'alcool. Non, ça me remplit pas pendant 4 heures une osti de poignée de 9 amandes. Pis non j’suis pas faible; t’essaieras pour le fun de faire 30 minutes de vinyasa yoga par jour avec l’équivalent en poids de Vin Diesel* accroché à ton cul. Paye ton salut au soleil, man.

 

Ok pardon. Je divague super fort. Personne va lire un aussi long texte sur internet.

 

Mon point, j’y arrive, c’est qu’on m’a tellement drillé dans la tête que j’étais un gros tas de graisse hideux que mon corps a fini par rejoindre mon état d’esprit. Et je le réalise juste maintenant que je suis à DEUX CENT FUCKING LIVRES d’un poids « normal ». Avez-vousidée à quel point c’est freakant, être 200lbs overweight? Savez-vous combien c’est difficile de s’aimer à ce size-là? De faire des crises de panique parce que tu te sens enfermée dans une cage de gras que tu pourrais perdre, best case scenario, en genre un an SI t’es game de te faire charcuter l’estomac pour ensuite manger du liquide pis vomir à rien pour le reste de ta vie tout en ayant l’air d’une couille vide? Connais-tu le feeling de googler obsessivement un resto où on t’invite pour voir si c’est des banquettes parce que si oui, tu rentres probablement pas dedans?

 

La réponse, si tu fais genre 250 lbs et moins, c’est que NON tu le sais pas. Et crois-moi, tu veux pas le savoir. Mais plus important encore : laisse-les pas te faire croire que t’es un gros monstre de graisse.

 

Laisse pas la vie/les gens te dénigrer tellement que tu vas te sentir comme j’me sens alors que t’es absolument correcte. J’étais complètement OK, guys, tout ce temps-là, toute mon enfance, mon adolescence, j’étais fucking parfaite comme j’étais, peut-être un peu chubby mais who cares? J’étais super cute, pis j’en avais pas la moindre idée. J’allais devenir une assez bonne personne avec, on me le dirait souvent, UN SI BEAU VISAGE, mais je le savais pas, pis j’ai passé tout ce temps-là à me haïr, convaincue dur comme fer que j’avais l’air de ce dont j’ai l’air aujourd’hui.

 

Mon corps a rattrapé ma tête. Je les ai écoutés, les ostis. Tout le monde. Je les ai laissés me convaincre, me rentrer dedans, pis maintenant yé trop tard. Je suis le gros monstre de graisse que j’pensais que j’étais.

 

Et malgré tout ça, je suis quand même mieux dans ma peau aujourd’hui qu’à 14 ans. Mais ça c’est grâce à moi. Parce qu’à en écouter « les autres », je mériterais de pendouiller au bout d’une corde. Mais les autres sont fous, pis ils confondent la projection de leurs propres complexes sur les autres avec de l’amour. Ils réalisent pas que c'est pas normal d'obséder autant sur la grosseur du cul des autres. Les autres ont leur propre shit à gérer. Y disent n’importe quoi.

 

Anyway, tout ça pour pour te dire, bébé moi à 10 ans, 12 ans, 16 ans, 20 ans : écoute-les pas. T’es parfaite comme t’es.

 

PS : Si vous avez de jeunes petites chubby dans vos vies, de grâce, crissez-leur patience. Laissez-les être rondelettes. Faites-les pas se haïr, vous les aiderez pas. Protégez-les donc, aussi. Le monde est méchant pour les filles, et les grosses encore plus.  <3

 

*Oh que oui j’ai googlé son poids. C’était très amusant. Rigueur, guys. Rigueur!