Être gros chez le médecin

Être gros chez le médecin

... ou quand les préjugés pourraient te tuer.

 

Aller chez le médecin est rarement merveilleux, qu'on se le dise. Mais quand t'es fat, c'est pire. Déjà parce que tu sais que tu vas te faire parler de ton poids peu importe la raison de ta consultation, d'un mal de gorge à une épaule qui tire à des problèmes digestifs, mais tu risques fort de repartir sans que n'ait été réellement adressé le problème pour lequel tu voulais consulter. Et ça, c'est grave.

J'ai eu, dans ma vie, un incroyable docteur qui me disait que c'était possible d'être « fat and fit », dans ses mots. Il n'ignorait pas mon poids, parce que ça serait tout aussi cave, mais il n'en faisait pas le point central d'absolument tout. On discutait surtout de mes habitudes de vie et de ce que je pouvais travailler. Il m'encourageait à cesser de fumer (I did, Dr. Patterson, wherever you are <3) et portait un réel intérêt à ma santé en général. Il a perdu sa licence parce qu'il a pas passé son test de français. Il me manque, j'haïs toutte. Comme si trouver un médecin de famille était pas assez rough, bonne chance en osti pour en trouver un qui va se donner la peine de voir qu'au-delà de ton IMC, t'es un humain digne de respect et dont TOUS les problèmes de santé sont pas reliés au poids. Plusieurs personnes sont fat et prennent soin d'elles. Que le commun des mortels soit aveuglé par les préjugés est une chose, mais on a le droit d'exiger un peu plus de jugement et d'humanité de la part de nos médecins. On leur demande pas de nous FÉLICITER pour nos bourrelets, crisse. Juste de faire leur job comme il faut. Et non, ça veut pas toujours dire d'obséder sur notre poids. Dans le cas qui nous intéresse, ça veut surtout dire d'en faire abstraction puisqu'il semble, trop souvent, les empêcher de nous voir, nous.

Plusieurs études ont démontré que les gens en surpoids ne reçoivent pas des soins de santé de même qualité que les autres. C'est pas un feeling, c'est la réalité. À ne voir que le poids, on cherche la cause de rien, on se donne pas la peine d'investiguer. À trop être occupé à juger et blâmer, on ne fait pas sa job; on ne traite rien. Ça, c'est les professionnels.

Pour ce qui est des gros, des fois on n'a pas envie de se faire gosser et juger, de se justifier pendant 45 minutes comme quoi non, on mange pas 75 Baconators par jour, pour réussir à la toute fin, entre deux propositions de chirurgie bariatrique, à obtenir une prescription pour aller voir un ORL. À force d'expériences négatives, on évite de consulter, on repousse l'inévitable et on finit par se rendre malades, même si la cause de notre mal n'avait rien à voir avec notre poids. Parce que non, le poids est pas la cause de TOUTTE, et maigrir n'est pas la seule et unique solution.

Pis mettons que vous souffrez d'un truc qui pourrait être relié à votre poids, exemple un mal de genou ou de l'hypertension, mais qui au fond ne l'est pas? Genre t'as plutôt une tumeur dans un os ou une déformation potentiellement fatale de l'aorte? Good news : si t'es gros, chances are que ton médecin va même pas essayer de trouver la source de ton mal comme il l'aurait fait pour une personne mince. Pis, well, tu pourrais mourir. Who cares, anyway, right? T'es paresseux, tu pues, t'es idiot pis tu prends donc ben de la place dans un avion.

Je suis trop fâchée, ce sujet-là me met tellement hors de moi et me rend si triste que je suis incapable d'être éloquente ou sassy. J'ai donc demandé à mes lectrices de me parler de leurs expériences chez le docteur. Je vous dis pas le nombre de fois où j'ai fini par juste rage-cry dans mon auto en les lisant. Je vous en partage quelques-unes ici. J'en ai reçu tellement.

J'imagine que la science va éventuellement réaliser que gros veut pas dire unhealthy déchet et que, visiblement, certains facteurs de notre environnement font que nos morphologies changent vraiment beaucoup. Mais pour trouver des solutions faut commencer par give a fuck. En on en est encore à l'étape humilier, juger, patronizer et charcuter les boyaux plutôt que comprendre et aider. Pis en attendant, on a besoin de soins comme tout le monde. On aimerait ben ça pouvoir consulter cachés derrière un panneau du cou jusqu'à terre pour aider les docs à nous écouter au lieu de ne voir que notre chub, mais malheureusement on peut pas. On veut leur faire confiance, mais c'est dur de remettre sa vie entre les mains d'une personne qui te méprise et dont l'ignorance peut avoir des conséquences désastreuses.

Voici donc vos témoignages. Un jour je serai moins fru et je vous partagerai les miens. Merci à toutes celles qui m'ont écrit.

 

«Ma médecin de famille, qui m'a fait brailler après chaque visite pendant près de 10 ans, me faisait asseoir et "apprendre à lire" le tableau nutritif à l'endos des boîtes d'aliments (elle avait en permanence dans son bureau une boîte de nouilles juste pour moi) pour que je comprenne bien où se trouvaient le nombre de calories et le taux de sel, tu comprendras, à chaque maudite fois que je la voyais. Avec un fucking ton condescendant, évidemment. Je la détestais.

Une fois, elle m'a fait reprendre des prises de sang trois fois de suite (j'ai une vraie phobie des aiguilles) parce qu'elle était convaincue que c'était une erreur que je ne fasse pas de diabète, la crisse. La troisième fois, elle est venue avec moi. À l'hôpital. Pour être sûre que c'était bien moi. (Elle était dans un CLSC alors elle faisait ça dans son free time!!!) Comme si c'est pas déjà assez tough de vivre avec un surpoids sans vivre de l'intimidation de la part de ton fucking médecin.

J'ai déjà fait des régimes genre 3 semaines avant mon rendez-vous avec elle. Not proud of that. Genre je mangeais juste de la soupe. » - J.

 

«J'ai eu une expérience assez sérieuse à l'âge de 12 ans. J'ai toujours été en surpoids, d'aussi loin que je me souvienne. Jamais été très ''en forme'' et jamais trippé sur le sport. Quand j'avais 12 ans, j'ai commencé à avoir des douleurs à la jambe gauche à l'occasion. Ça partait et ça venait, des douleurs dans le nerf sciatique. Jusqu'à ce qu'un moment donné, en plein hiver, tempête de neige et tout, ça me pogne à m'en faire pleurer.

Je me suis ramassée à l'urgence avec mes parents: radiographie des jambes et auscultations plus tard: je me fais dire par le médecin de garde (petit hôpital de région, les médecins de garde à l'urgence sont aussi médecins de famille) que je dois faire de l'exercice et perdre du poids. Le même scénario se répète une seconde fois jusqu'à ce que je passe 4 jours consécutifs sans être capable de dormir, à faire les cent pas chez moi parce que c'est tout ce qui calme ma douleur. Les seules quelques heures de sommeil que je réussis à obtenir sont dans un bain très chaud 30-45 min. À ce stade, j'ai déjà manqué plusieurs journées d'école.

Ma mère a un rendez-vous avec son médecin de famille (aussi le mien) et m'emmène avec elle. Mon doc se questionne alors sur le pourquoi ils n'ont pas fait de radios du bassin et du dos et m'envoie en passer. On reçoit alors un téléphone peu après nous demandant si mes parents veulent que je passe des scans plus poussés au Children's ou à Ste-Justine. On choisit le Children's. Peu de temps après, on m'a diagnostiqué un sarcome d'Ewing, une tumeur cancéreuse qui entourait mon nerf sciatique (hello les douleurs). J'ai été plusieurs semaines sur le Dilodid et eu 10 mois de chimiothérapie. Je m'en suis bien sortie à l'époque, bien que j'aie fait une rechute en 2012 à l'âge de 22 ans.

Je me porte très bien aujourd'hui, même si cette récidive m'a donné un nouveau mode de transport (des béquilles).

J'ai énormément de gratitude envers mon médecin de famille qui a allumé que ce n'était pas normal, mais je garde une colère profonde envers le médecin qui, deux fois plutôt qu'une, m'a renvoyé chez moi avec des antidouleurs et de l'exercice en prescription. Heureusement, je n'ai pas revu cette attitude dans mes autres, nombreuses, rencontres avec des médecins. Et il n'aurait pas fallu. Je suis maintenant souvent sur la défensive quand je rencontre un nouveau médecin. Prête à mordre presque si mon poids est mentionné sans raison valable. » - N.

 

« Un de mes meilleurs amis venait de décéder dans un accident de voiture, je n'allais vraiment pas bien et je travaillais trop (même avant l'accident, donc ça n'avait fait qu'aggraver la situation à l'époque). Je suis allée consulter un médecin, car je ne me sentais plus en état de travailler et je voulais un billet pour un arrêt de travail. À mon humble avis de non-professionnelle de la santé, c'était évident que c'était un cas de détresse psychologique.

Le médecin, lui, trouvait que cela était dû au fait que j'étais grosse et que j'avais fort probablement des problèmes avec ma glande thyroïde pour pleurer comme ça (je réitère que mon meilleur ami venait de décéder). Il s’entêtait et m'a finalement dit que si je ne faisais pas les examens pour la glande thyroïde à cause de mon surpoids il ne pouvait pas m'aider.
 

Finalement (et évidemment?), je n'avais absolument aucun problème physique. » - J.

 

« Il y a de ça près de 20 ans, j'ai pris l'antidépresseur Paxil. En plus, j'avais une hypothyroïdie non diagnostiquée, bref j'ai pris 60 lbs! Maintenant, c'est bien connu que les antidépresseurs de 2e génération, IRSS, font engraisser, mais à l'époque le médecin m'avait dit: "c'est pas un peu de boulimie?" J'ai pourtant toujours bien mangé, je me suis toujours beaucoup intéressée à la nutrition. Il ne me croyait pas du tout! » - F.

 

« L'an passé, suite à une prise de poids subite de genre 30 livres en 3 mois (je mets encore en cause ma contraception - le depo provera - qui a eu le même effet sur plusieurs filles), je décide d'aller chez le médecin pour vérifier si mes hormones sont balancées. J'arrive dans le bureau, je lui raconte ma situation, la médecin de me demander tout de suite qu'est-ce que je mange et combien par jour, pour me dire que c'est juste dans ma tête, que ma prise de poids doit être parce que je ne bouge pas et que je mange trop, elle me dit de couper de moitié mes portions et de revenir la voir dans un mois et qu'elle aurait raison. Je suis repartie chez moi en larmes. Elle m'a vraiment déshumanisée. La 2e médecin que j'ai vue m'a fait le même discours, jusqu'à ce que je lui montre mes vergetures qui étaient très larges et longues. Elle m'a alors prescrit des tests, mais avant ça elle ne me croyait pas. Il a aussi fallu que je la force quasiment pour qu'elle me prescrive un test pour l'apnée du sommeil, elle me disait que j'étais fatiguée parce que je ne faisais rien et que je mangeais mal, même si elle ne connaissait ni mes habitudes ni mon emploi. » - V.

 

« Bonjour! Concernant le post sur les docteurs, J'ai déjà eu une expérience vraiment spéciale. J'étais suivie en fertilité depuis quelque temps déjà et sérieusement, sauf quelques petits conseils, ils n'axaient pas sur mon poids. J'ai été référé a un endocrinologue suite à l'échec des premiers traitements. Sérieusement, une chance que j'ai le caractère solide parce que ce docteur-là était fou.

Il m'a dit que je ne pouvais pas tomber enceinte parce que j'étais tellement grosse que c'est sur que mon chum de voulait pas coucher avec moi. Il a expliqué a mon chum (qui m'a choisie avec cette shape-là et je tiens a préciser qu'on a une vie sexuelle parfaite) que même s'il me trouvait dégueulasse, il devait faire un effort pour me baiser parce que les traitements de fertilité c'était comme si on lui enfonçait un gros dildo en métal dans le cul (je n'exagère pas, et ne change pas ses paroles exactes.) Il m'a demandé comment ma vie s'était déroulée socialement, pas d'amis à cause de mon poids...(hum.... t'es qui toi pour penser que j'ai pas d'amis haha?) Et lorsque je lui ai dit ma façon de penser, que j'avais une vie heureuse et saine, il m'a dit que je faisais du déni. On se rappelle ici que c'est un docteur qui analyse tes hormones, donc aucun foutu lien en plus! Je capotais. Je suis sortie de là et j'ai fait une plainte. Oui je suis grosse, mais j'ai une super estime de moi , mon chum m'aime et j'ai les meilleurs amis du monde! » - M.

 

« Je suis allée voir un médecin pour obtenir des prescriptions de spécialistes pour mes assurances.

Ça faisait un mois que j'avais un inconfort au niveau du ventre, sans arriver à bien le décrire. Je devais parfois travailler en m'écrasant le côté gauche du ventre et je sentais que je respirais pas à ma pleine capacité. J'en ai donc parlé au médecin de la clinique.

Je lui ai fait part que j'étais en processus de self-care, de faire attention à moi à travers le sport et la bouffe, suivi avec un psychiatre et psychologue ainsi que médication pour un épisode dépressif. En lui parlant de mon "malaise de ventre", il m'a dit de faire du yoga. Étant donné que je finis toujours par me faire dire de perdre du poids, peu importe la raison pour laquelle je vais chez le médecin (et j'y vais très rarement parce que j'haïs ça), j'ai commencé à pleurer. Je lui parlais de mon ventre et il me dit de faire du yoga.... Évidemment quand je pleure chez le médecin, ça devient absolument incontrôlable et quand j'ai dit au médecin que j'aime pas venir les voir, il me demande très incrédule "pourquoi?".

Je lui dis avec misère parce que je braille sans être capable de me contenir qu'on me parle toujours de mon poids sans véritablement checker ce que j'ai. Que je lui parle de mon mal de ventre et qu'il me dit de faire du yoga. Que j'ai pas les mots pour décrire comment je me sens dans mon corps, que mon système digestif feel vraiment weird et qu'il ramène ça direct à de l'anxiété.

Il me répond "c'est pas un cancer que t'as c'est de l'anxiété"... Il sort un pad de prescriptions et commence à écrire. Il me dit de prendre "ça". Je lui demande c'est quoi. Il me dit que c'est du Xanax sans me dire du tout comment le Xanax fonctionne.

Rendu là, je me dis fuck off.

Je sors de là avec ma prescription de Xanax en pleurant, en me disant que c'est de même que je vais mourir, d'un cancer qu'on n’aura pas détecté parce que personne n’ose me tâter et qu'on réduit tout à une perte de poids miraculeuse qui réglerait tous mes problèmes.

Il ne m'a posé aucune question sur mon alimentation, ni questionnée plus sur comment je me sentais, n'a pas touché mon ventre, ne m'a pas conseillé de retourner voir mon psychiatre. Rien. Il m'a juste prescrit du Xanax comme si c'était des bonbons. Le fait que je pleure lui a juste confirmé que j'étais une grande anxieuse un peu crazy et qu'il perdrait pas son temps à voir au-delà de ma détresse de ne pas me faire écouter.

Le lendemain, j'avais un rendez-vous chez ma psy. Elle m'a dit que le physique et le psychologique sont liés mais qu'on ne peut pas faire fi du physique comme ça. J'ai donc fini par payer une demi-séance de psy pour lui parler de ce médecin ainsi que pour me préparer à affronter mes prochaines visites. Le constat fut que je dois écrire tout ce que je veux dire au médecin avant et que si je me sens pas assez solide la prochaine fois, je peux aller voir le médecin avec quelqu'un, juste pour pas finir encore en larmes et avec une autre prescription de Xanax... » -J.


Je n'ai rien à ajouter. Voici une tonne de liens super badtrippants mais utiles. Parce que ça vous est forcément arrivé, et non, vous êtes pas seules.

http://www.revelist.com/wellness/people-who-were-fat-shamed/4239

http://www.teenvogue.com/story/fat-shaming-doctors

http://www.prevention.com/health/medical-fat-shaming

http://jezebel.com/5959682/doctors-are-shitty-to-fat-patients

http://www.xojane.com/healthy/standing-your-doctor-about-fat-shaming

http://www.xojane.com/issues/medical-mistakes-fat-shaming-doctors