La vie avant le MÂLE

La vie avant le MÂLE

Je sais que c'est dur. C'est dur, être toute seule. Toute seule depuis longtemps, surtout, j'imagine. Pas mal d'entre vous m'ont écrit pour me dire que ce qui leur pesait le plus, c'était la solitude. Pas avoir d'amoureux* parce qu'elles sont grosses. Pour nombre de messieurs, sortir avec une grosse est même pas concevable, surtout pas en public, et ce même s'ils sont super attirés par elle, parce que, ben, le monde est cave et on n’embarquera pas là-dedans. Il arrive un point, et un âge, où les idiots restent idiots et les dudes authentiques se rendent compte qu'on s'en fout, pis que tu devrais sortir avec qui tu veux indépendamment de la grosseur de son corps. Mais ça, ça arrive plus tard, et entre temps t'as des tonnes de filles, partout, qui sont seules pour des raisons pas valables et se sentent comme de la marde.

 

Je peux rien faire pour ça. Je vais pas à moi seule transformer la vie assez pour que les gens s'arrêtent pas à des trucs comme le poids et aiment simplement qui ils ont envie d'aimer. Mais j'aimerais juste vous rappeler, même si vous le savez sans doute (des fois ça fait du bien de l'entendre) que votre valeur en tant qu'individu ne dépend pas de votre vie amoureuse. Genre, l'intérêt de porteurs de pénis n’est pas LE BUT ULTIME DE LA VIE. Ça semble évident, mais ça l'est pas toujours quand t'es une fille, surtout quand t'es plus jeune. Qu'un monsieur t'aime est ta SEULE priorité.Tu te sens vide, sans ça.

 

Déjà, on se fait feeder aux comédies romantiques et aux Disney, où l'existence vaut pour ainsi dire rien tant que t'as pas un dude après toi. C'est le catalyseur de toutte, la quête ultime, la chose qui va faire que ta vie va enfin commencer. C'est la chose qui arrive quand t'as été assez belle, mais pas vaniteuse, assez disciplinée pour garder ta ligne, mais que t'as quand même mangé du steak avec appétit sur tes dates parce qu'une fille qui commande une salade c'est poche (déjà que le choix de repas des chicks sur une date soit un sujet dont on parle aussi régulièrement est profondément fucked), que t'as construit une vie assez remplie pour être intéressante, mais assez vide pour pouvoir tout crisser là quand le mâle se pointe pour redessiner tout ça et te fitter dans la case où il veut que tu fittes sans qu'il y ait trop de résistance. Quand t'as « tout fait comme il faut » (et ça inclut d'ailleurs de te convaincre faussement que t'es heureuse célibataire, parce qu'en plus on te dit que « ça arrive juste quand on cherche pas », so si tu veux tu vas avoir l'air de trop vouloir) maybe, juste maybe, un homme va te valider et ENFIN, tu vas pouvoir exister tranquille pis te plaindre au brunch entre deux verres de blanc que hey les hommes ça pète la nuit hihihi pis clocker des centaines de dollars et des dizaines d'heures par mois à t'épiler, te bleacher, t'exfolier, te teindre pis te crémer pour garder ton enveloppe parfaite pour un dude qui fait rien de ça et ne remarquera probablement même pas. Qui te dira même pas que t'es belle. Mais c'est pas grave, parce que c'est ta job. "You bagged a man », et maintenant faut jamais le laisser partir. Ta vie pré-mari est un genre de décor de théâtre épuisant.

 

(Je prends une pause pour dire aux messieurs potentiellement fru incapables de voir que je tente d'illustrer un point, ici, so of course c'est un peu extrême : c'est pas à toi que je parle. C'est pas important que tu comprennes ou non.) Les filles, ou du moins plusieurs d'entre vous, je SAIS que vous comprenez. Le désespoir, osti, le itch profond qui te grafigne de l'intérieur même si tu sais, avec ta tête, que c'est pas la seule chose qui compte, dans le fin fond de ton corps, tes cellules sont convaincues que ça te prend absolument ça pour être heureuse. Tu vois la pitié dans les yeux du monde. T'overthink tes Instagram parce que tu veux avoir l'air célibataire et heureuse, mais pas TROP parce que sinon le monde vont penser que tu fakes.

 

On est conditionnées à penser de même. Le monde est juste fait comme ça. Pour toutes les femmes. Mais ajoute à ça la montagne d'exigences face au corps, et ça devient lourd as fuck quand en plus, t'es grosse. Parce que pour être entière, ça te prend un homme. Pour avoir un homme, faut que tu sois belle. Pis pour être belle, faut que tu sois mince. Pis désolée, mais ta beauté, c'est pas toi qui en est la juge. T'es belle quand un homme valide que t'es belle. Entre-temps, sorry.

 

Bref. Vous voyez de quoi je parle.

 

So j'aimerais juste vous rappeler, vous me pardonnerez le détour, que tout ça, c'est du vent. Y'a pas si longtemps, en tant que femme t'avais aucune option. Tu votais pas, tu conduisais pas, tu pouvais même pas avoir un compte en banque. Trouver un mari était une question de survie. Pas un choix. Décider de vivre autrement revenait à choisir une existence de nonne – ou de paria. So clairement, on a internalisé cette urgence-là jusqu'au plus profond de nos têtes, dans la culture, dans toutes les subtilités de la vie d'une femme, de ce qu'on nous vend à ce qu'on exige de nous. Le besoin d'être en couple est VISCÉRAL. Pas juste parce que les êtres humains ont besoin d'amour. L'amour des amis ne suffit pas. L'amour romantique, dans le fond de ton ventre, est semble-t-il le seul qui matter. Veux-tu en vendre des diètes miracles pis des crèmes pour les yeux? Veux-tu faire perdurer ton esti de société phallocrate gossante? Rien de mieux pour asservir quelqu'un que de lui faire croire que sa valeur repose dans les yeux d'un autre.

 

Mais ça existe plus, ça. Aujourd'hui, merci à tellement de femmes avant nous, on peut faire environ n'importe quoi. OK, être célibataire ou chubby est pas prêt d'être accepté par la matante moyenne et tu vas te faire gosser, mais sur le fond de la question, pas avoir d'homme ne signifie plus MOURIR. So le désir d'être aimée est valide, mais ce câlisse d'espace négatif dans ton estomac, l'esti de vide qui te ronge par en dedans, qui te fait aller dans des partys où t'as pas envie, te réinfliger Tinder périodiquement, rester trop longtemps avec des imbéciles, il ne l'est pas.

 

Je sais que tu veux être aimée et désirée. And you will. Mais essaie de te souvenir que t'en as pas BESOIN. Parce que « on trouve juste quand on cherche pas », c'est de la bullshit. Tu trouves quand tu trouves, qui tu trouves, pis c'est tout. Si t'as envie de chercher, cherche, osti. Fais ce que tu veux. Mais essaie de pas perdre de vue que la vie, avant le soulmate, est pas juste un genre de salle d'attente. C'est ta vie, la seule que t'as. C'est des jours qui reviendront jamais. Et ils valent pas moins parce que tu les vis en célibataire.

 

Excusez-moi de sonner comme un Bouillon de Poulet pour l'Âme. Honnêtement je suis vraiment quétaine pis preachy dans la vie, demandez à mes amis. J'espère que ça vous gosse pas trop. Pis au pire, double fuck you dans les airs :D

 

Ok sans joke bye. Soyez pas tristes osti, vous êtes belles pis drôles.

 

*J'utilise amoureux, ici, pas pour être hétéronormative, mais bien parce que j'ai un historique amoureux majoritairement hétéro, et je voudrais pas parler de quelque chose que je connais pas. Surtout que plus tard je parle uniquement de la structure du couple « traditionnel » parce que c'est la façon dont j'y ai réfléchi au cours de ma vie, et les différences dans le type de longing, comment c'est vécu par une lesbienne chubby célibataire, je les connais pas assez pour en parler avec confiance et le monde a pas besoin d'une autre hétérosplaineuse :D Ça doit impliquer toute une partie de deuil, de pas se reconnaître dans tous les repères de rom-com et tout ça, en fait j'aimerais vraiment en entendre parler, si quelqu'un file pour partager ça m'intéresse full, mais bref je voulais juste pas avoir l'air de penser qu'on vit dans un monde où l'amour c'est juste monsieur-dans-madame, parce qu'évidemment je pense pas ça du tout <3